Leçon de savoir-vivre à l’usage du président français

 

Avant la visite officielle de Nicolas Sarkozy à Londres, John Walsh, chroniqueur au très sérieux The Independent, ironise sur les conséquences que pourrait avoir l'attitude cavalière du chef de l'Etat.

Lorsque le président Nicolas Sarkozy arrivera à Londres pour sa première visite officielle [les 26 et 27 mars], beaucoup l’attendront en se rongeant les ongles d’inquiétude. Au château de Windsor, les assistants de la reine se demanderont s’il viendra vraiment : il les a choqués en annonçant qu’il ne resterait qu’une nuit, alors qu’il était invité pour deux (non mais, franchement, lorsque la reine d’Angleterre vous propose de passer deux nuits dans son château, vous ne lui dites pas non au prétexte que “mardi c’est la soirée Quizz au pub du coin”).
Le ministère des Affaires étrangères craint pour sa part un incident footballistique. M. Sarkozy, un fan d’Arsenal [l’équipe la plus française du championnat d’Angleterre, avec dans ses rangs 6 joueurs tricolores et l’entraîneur Arsène Wenger], a en effet demandé à rencontrer Gordon Brown au stade du club [l’Emirates Stadium], dans le nord de Londres. On peut imaginer comment les conversations pourraient finir si les deux hommes entrent vraiment sur le terrain : il suffit d’un ballon abandonné dans un coin, d’une envie de voir qui est capable de jongler le plus longtemps avec, puis que le Français, en rigolant, mette l’Anglais au défi de lui prendre la balle, qu’un poing s’abatte avec un bruit sourd… Je n’ose même pas imaginer les répercussions internationales d’un tel geste.


A Westminster, on s’inquiète de l’insistance du président français à s’adresser dans sa propre langue à la Chambre des communes. Faudra-t-il assurer la traduction aux 630 députés ? Ceux-ci devront-ils écouter les paroles de M. Sarkozy dans un silence respectueux, ou pourront-ils l’interpeller en français (d’un “Où as-tu pris ce chapeau ?*” par exemple) ? Quant aux conseillers de M. Sarkozy, ils auront peur que leur patron oublie – ou décide d’ignorer – leurs conseils sur le décorum, l’élégance et la décence.


Il semble inimaginable de rappeler au chef de l’Etat français comment il doit se tenir, mais le fait est que ­Nicolas ­Sarkozy est devenu un tel petit monstre d’arrogance que ses principaux conseillers lui ont dit d’arrêter de faire l’imbécile et de se comporter comme un véritable homme d’Etat. Ils veulent qu’il enlève ses Ray Ban (lorsque Sa Majesté le saluera, elle ne veut pas y voir deux reflets de son visage grognon). Je suis presque sûr que ses conseillers remémoreront au président d’autres règles de l’étiquette, notamment sur :


1) Les baisers : le président ne doit pas embrasser Sa Majesté. Et encore moins sur la bouche. De plus, si la reine se dérobe, il ne doit pas faire comme il a fait à un homme qui refusait sa poignée de main et lui lancer un “Casse-toi, connasse”.


2) La tenue vestimentaire : le costume est de rigueur. Les cyclistes en Lycra, les shorts de jogging en coton et les maillots de bain ne feront pas l’affaire. Mme Sarkozy-Bruni est récemment apparue portant des cuissardes en cuir et une alliance pour tout vêtement. Ce n’est pas une toilette appropriée pour une visite d’Etat.


3) La façon de se conduire : le président Sarkozy ne devra pas tripoter son épouse en présence de la reine. Il est interdit de toucher autrui, de lui pincer les fesses, de lui mettre sa langue dans l’oreille, de courir partout et de sauter dans la piscine.


4) La musique : il est mal vu que les chefs d’Etat et leurs époux ou épouses s’adonnent à la musique pendant les visites officielles. Mme Sarkozy devra s’abstenir de susurrer ses chansons et/ou de jouer de la guitare en présence de la reine. Encourager Sa Majesté à se joindre à elle pour chanter le refrain de Sur le pont d’Avignon serait des plus futiles.

 

5) La conversation : la reine engagera toutes les conversations. Le rôle du président est de répondre aux questions dans un anglais hésitant. Il doit attendre qu’on lui demande s’il a fait un long voyage. Il ne dira pas que les Gallois lui ont “volé” la victoire au rugby. Et il ne se vantera pas de “faire grimper Carla aux rideaux”…



* En français dans le texte – Where Did You Get That Hat ? est une célèbre chanson de pub britannique.

John Walsh


The Independent



29/03/2008
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