La Sotraco c'est mieux que rien

La rentrée scolaire est là avec ses problèmes. Avec le sinistre des inondations certains sont occultés, mais il est difficile de les ignorer totalement. C'est la question des transports en commun pour les étudiants et les éleves dont les parents n'ont pas les moyens de leur offrir une pimpante X1. Alors, il faut se rabattre sur la solution par défaut : SOTRACO. Les bus ont perdu le charme de leur première jeunesse, mais ils sont encore là.

A Soondgo sur "le quai" du bus numéro 4, deux messieurs attendent l'arrivée (le retour) de celui-ci. Sur la rive, de petits commerçants ont trouvé une place propice à leurs affaires. Les clients en attendant le bus animent le trottoir avec les commerçants. Le matin du 1er octobre, les sujets de débat sont variés mais ce sont encore les inondations du 1er septembre qui sont incessamment évoqués. Ils s'interrogent entre autres sur ce que l'Etat va faire pour les sinistrés. Le débat dure et c'est finalement Bouba Kanazoé, nouvellement arrivé sur la place, qui va changer le sujet de la conversation. Sa préoccupation : où se rendre pour prendre un abonnement au bus ? Son enfant est admis à l'entrée en 6ème et a été affecté au lycée Zinda. C'est une joie qui n'est malheureusement pas totale, à écouter ce parent d'élève. Son enfant avait fait sa scolarité jusqu'ici dans une école de quartier périphérique et maintenant il doit se rendre en plein centre ville. Cette situation nouvelle engendre à côté des dépenses, une psychose chez Kanazoé. La circulation dans la zone des lycées (Zinda, Nelson, Bogodogo,…) est d'une densité que ces établissements devraient être réservés uniquement "aux grands élèves", pense t-il. Si Kanazoé consent à prendre un abonnement du bus pour son enfant, c'est tout comme une résignation. Pour lui, la tâche ne va pas être aisée. Il précise qu'il habite à plus d'un km de l'arrêt du bus et que chaque jour quelqu'un devra se lever de bonne heure pour déposer l'enfant à l'arrêt. Germain Compaoré est un autre usager du bus, il ne partage pas les soucis de la famille Kanazoé. Ce dernier est au Bogodogo en classe de 2nde. Lui, il est un grand élève dirait Kanazoé. De son quartier Ouidi, Compaoré met quotidiennement une vingtaine de minutes pour rejoindre son école. Pour être à l'heure, il doit prendre le bus à 5H45 à son terminus à Oudi et à 6H07 minutes, il est dans les murs du lycée, une avance de près d'une heure sur les débuts des cours. Son choix pour le bus a été motivé après qu'il a fait plusieurs fois des accidents avec son char. Il a un abonnement et avec sa carte, il pense qu'"on peut même aller rendre visite à des amis en bus". Germain Compaoré n'est pas seul à attendre le bus au terminus de l'État major de la gendarmerie où nous l'avons trouvé. Assise sur un banc, Mariam Neya aussi attend le bus pour se rendre à Gounghin. Elle est nouvellement admise au baccalauréat et elle est venue pour s'inscrire à l'université. Prendre le bus n'est pas aussi aisé pour elle que pour Compaoré. Nouvellement arrivée de Bobo, c'est son premier jour en bus et elle ignore surtout les itinéraires. Elle pense prendre un abonnement parce que, pense-t-elle, le ticket à 150F "c'est cher". Elèves et étudiants sont les potentiels clients de la SOTRACO, puis suivent les travailleurs du secteur informel et du privé. Cette situation traduit une réalité qui ne serait pas la mieux souhaitée.

Le bus pour les bourses légères

Ailleurs, comme beaucoup de gens aiment le dire, le bus n'est pas un moyen de transport prédestiné aux élèves et étudiants, encore moins aux personnes moins nanties. C'est un moyen de locomotion urbain qui permet aux foyers de faire des économies sur leur consommation en carburant. Le bus permet de fluidifier la circulation (par les déplacements groupés) et de réduire la pollution en Co2. À ce titre, c'est le moyen de locomotion des citadins tous groupes sociaux confondus. En est t-il ainsi à Ouagadougou ? Si nous nous en tenons aux ambitions, on retrouve effectivement les trois idées énoncées dans le projet qui a créé la SOTRACO en juillet 2003. Mais la réalité est autre. On pourrait se demander pourquoi les fonctionnaires et les autres travailleurs prendraient le bus si ceux qui l'empruntent déjà se justifient en disant "c'est parce que je n'ai pas de moto que je prends le bus". Chez les étudiants comme chez les élèves, prendre le bus ce n'est finalement pas un choix mais c'est comme une absence de choix, si bien qu'ils seraient prompts, dès que leurs situations changent, à délaisser ces engins où à l'intérieur on trouve plus de places débout que de places assises. Etre débout dans le bus, c'est la règle tout comme la surcharge apparente. Le bus peut prendre jusqu'à 100 personnes, nous a dit le Directeur Général de la Sotraco, Lamine Yoda. Les étudiants et les élèves qui sont de ceux qui font les affaires de la SOTRACO aiment aussi parler du bus pourvu qu'ils en aient l'occasion.
Le mardi 6 octobre dernier sur l'avenue Charles De Gaule, Sébastien n'avait pas bonne mine. Depuis plus de trente minutes il attendait le bus numéro 1 pour aller au SIAO et il devait encore attendre. Lui-même n'était pas étonné du retard du bus mais il commençait à ne plus supporter les longues attentes de tous les jours. Il n'est pas le premier usager qui aborde ces retards dommageables pour beaucoup de clients et aussi pour la Société. Ces longues attendes seraient la première raison pour laquelle le bus reste le moyen de déplacement pour "personnes en difficultés". Le temps pour un bus de relier un terminus à un autre est en moyenne de 30 minutes selon différents témoignages. A certaines heures de la journée, le bus se raréfie et les 30 minutes sont vite doublées sinon plus. Pour beaucoup, ce sont les embouteillages qui seraient à la base de ses retards. Le bus est à la fois victime et auteur d'embouteillages à cause de son gros gabarit en inadéquation avec l'étroitesse de certaines voies dans une ville qu'on dit être la capitale des deux roues. Autres désagréments, certains usagers évoquent la vétusté des cars, l'inconduite de certains chauffeurs. Le jeudi 8 octobre nous avons été témoin d'un bus (le numéro 4) qui est passé à 18H15 en direction de Pissy, sans respecter son arrêt de la Place de la Nation. Les usagers femmes sont restés ébahis pendant que des jeunes couraient après le bus en lançant des injures. Mais ce fut peine perdue.
Il arrive souvent de voir des bus qui sont déclassés du service transport en commun pour être affectés à des groupes de personnes organisateurs de manifestations. Pour les clients ordinaires, "ce n'est pas normal" alors que pour le DG, c'est tout à fait normal. La location des bus à des particuliers ou à des groupes de personnes est un produit à part entière tout comme la vente des tickets et l'abonnement. Le DG et la chargée de marketing et communication de la société soutiennent que ce sont les étudiants et les élèves qui sont d'ailleurs les plus grands demandeurs en matière de location des bus pour leurs sorties d'études ou de détentes. Quant aux partis politiques, ils ne les solliciteraient pratiquement qu'une fois par an pour leurs congrès par exemple.

La direction se veut rassurante

Ce sont au total 27 bus qui sont en circulation depuis la reprise des classes le 1er octobre. Il y a eu un relèvement du nombre de bus en circulation parce qu'il y en avait moins, juste avant. Selon le Directeur Général, c'est pour tenir compte des élèves que le nombre de bus a été augmenté. Les heures de début et de fin des cours ont été révisées à 5H30 et 21H30. Pour le DG, les derniers départs sont positionnés à 21H30 pour prendre en compte les étudiants dont les cours peuvent aller jusqu'à 21H. De l'appréciation des étudiants, ces heures sont approximatives parce que le bus entame son dernier voyage très souvent avant 21H30 et on ne peut espérer l'avoir qu'au niveau des arrêts intermédiaires mais pas à son terminus. Selon Sayouba Ouédraogo étudiant en économie dont les cours se passent au SIAO, pour avoir le bus il est obligé de suspendre son cours à 20H15 parce qu'il doit prendre plusieurs bus et espérer attraper son dernier bus à la place Naba Koom. S'il manque le bus, c'est alors en taxi qu'il fait le reste de son trajet jusqu'à Kilwin. La SOTRACO est sur 9 lignes reliant le centre ville aux périphéries de Ouagadougou. Sur chaque ligne il y a entre deux à trois bus avec par moments des renforts notamment aux heures de pointe, nous a expliqué le DG. Des insuffisances, ce n'est pas ce qui manque, mais le DG rassure que la SOTRACO se porte bien même si elle arbore une santé à l'image de l'environnement économique difficile que l'on connait a-t-il précisé. Il s'est voulu rassurant sur le fait que l'événement du 24 août 2006 n'est plus qu'un mauvais souvenir. On se souvient que le bus avait connu une journée d'arrêt à cette date suite à une crise budgétaire. La demande de la clientèle est croissante d'année en année mais la Société est encore réservée quant à une probable extension de son réseau de desserte de la ville. Une extension du réseau pourrait selon le directeur détériorer la qualité actuelle de son service. L'objectif est de renforcer les lignes déjà existantes et pour ce faire, la direction dit avoir commandé des pièces de rechanges qui permettront de remettre en circulation huit (08) des 16 cars que nous avons vus cloués dans le garage de la direction générale à Kossodo. Boukari Ouoba



18/10/2009
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