Blaise, plus que jamais superstar

Les Burkinabè n'ont d'autre choix que de rendre grâce à Dieu. Ils ont vraiment de la chance. Dieu leur a donné un dirigeant envié de la planète entière. Bernard Koutchner, le ministre français des Affaires étrangères, nous l'a encore rappelé à l'occasion de la visite en France de son homologue burkinabè Alain Yoda. Tout marche en effet avec Blaise. Il n'y a pas de conflit dans notre sous région où il n'a pas fait planer son ombre de médiateur. C'est d'abord au Libéria et en Sierra Léone. Puis ce fut le tour du Togo et de la Côte d'Ivoire auxquels s'est ajouté la Guinée Conakry. Dans tous ces pays alors en rupture de paix, Blaise est à la base de processus qui ont eu le mérite de rétablir une certaine accalmie avant que ne s'engagent des processus de démocratisation aux fortunes diverses. Au nom de la vérité historique, il faut aussi reconnaître que dans tous ces pays, le rôle de notre président a été pour le moins trouble. En Sierra Léone et au Libéria, il s'est fait une solide réputation de facilitateur dans l'approvisionnement en armes des rebellions. Viktor Bout, le marchand d'armes ukrainien qui vient d'être arrêté en Thailande, connait bien notre capitale pour y avoir séjourné à maintes reprises. Au Libéria, notre cher président est même allé plus loin en engageant des troupes burkinabè aux côtés des milices de Charles Taylor. Les relations entre le dictateur togolais Eyadéma et Blaise Compaoré ont connu des moments de froid, en raison du soutien supposé de notre président à l'opposition togolaise. Quand à la Côte d'ivoire, l'on retiendra que le Burkina a été la base de repli de la rébellion, pour ne pas dire plus. Laurent Gbagbo a bien compris que pour sortir du bourbier de la guerre, il gagnait à se tourner vers Blaise Compaoré qu'il a toujours considéré comme le pyromane.

Aujourd'hui, Blaise Compaoré s'efforce de donner de lui une autre image. Et ce n'est pas sans succès puisqu'il est célébré de manière quasi planétaire comme un faiseur de paix. Au plan intérieur, il a réussi à ringardiser son opposition pour se présenter comme la seule figure politique capable de maintenir la stabilité et de mettre le pays sur les rails du développement. Et cerise sur le gâteau, Blaise s'est imposé comme un pion incontournable dans la croisade engagée par l'occident contre la montée d'Al Qaeda dans la bande sahélienne. Peu importe pour le moment le jeu trouble auquel s'adonne sa diplomatie. L'essentiel c'est que ça marche, au point que sa stature internationale s'en trouve davantage renforcée. Le président Wade l'aura appris à ses dépens, lui qui en Côte d'ivoire comme en Guinée, avait voulu pêcher sur les terres du petit mossi. Il a dû se résoudre à constater sa tranquille ascension. Voilà qui est éblouissant. Mais comme le dit un adage, tout ce qui brille n'est pas or. En effet, Blaise Compaoré ne nous a pas encore démontré qu'une telle débauche d'altruisme est totalement désintéressée, que tout cela n'est pas fait en vue d'ambitions personnelles. Malheureusement, les signaux qui nous parviennent à la fois de son parti et de ses zélateurs sont plutôt inquiétants.

On aurait aimé qu'à l'instar de Lula, le président brésilien, Blaise ait l'élégance de se retirer au fait de sa gloire. Il serait dommage qu'il se prévale de ses succès pour tenter de se pérenniser au pouvoir au prix d'un tripatouillage constitutionnel. C'est Barack Obama qui a trouvé la parade à ces arguties de circonstance d'autojustification : l'Afrique n'a pas besoin d'hommes forts mais d'institutions fortes. Face à une opposition nationale affaiblie, Blaise peut être tenté de faire fi de toute considération de vertu. Ce serait alors gâcher l'œuvre de sa vie. On ne lui souhaite pas pareille mésaventure. GNB



17/09/2010
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