Blaise Compaoré : le vide complet

Le cercle des camarades a été progressivement décimé par des purges ou des disgrâces. Vingt ans après sa prise du pouvoir, Blaise Compaoré est plus que seul. Ou du moins, il est désormais pris en charge par sa famille et ses courtisans.

Les initiés, pour parler de ceux qui ont fait le 15 Octobre avec Blaise Compaoré, utilisent le terme " les dénikélini ". Un terme Bambara qui ne veut pas dire grand-chose, sauf à considérer dans un sens figuré qui signifierait alors "inconscient comme un enfant unique". Effectivement, ceux qui ont perpétré le coup d'Etat du 15 Octobre, dans leur ensemble, étaient des têtes de turcs, pour ne pas dire de vrais voyous. Il se raconte encore des anecdotes parfois lugubres à la radiodiffusion nationale du Burkina où a sévi pendant plus d'une semaine, la bande à Tamini/Salif.
Les yeux rouges, Tamini, que Salif Diallo est allé chercher chez lui juste après le succès du coup d'Etat, est arrivé triomphalement à la rédaction avec cette phrase : "votre petit Sankara là, c'est fini…". La radio nationale, qui était à l'époque, le média le plus important du pays, va être le foyer stratégique de contrôle de l'opinion nationale du Front populaire. Les activistes du nouveau pouvoir, par leur méthode, indisposent plus d'un. Il n'y a pas à l'époque jusqu'à un certain Mahamoudou Ouédraogo que leurs manières cavalières n'avaient exécré. Le soir même du 15 Octobre, la bande à Omar Traoré, celui-là qui lira le texte terrible qui traite Sankara de renégat, fait irruption dans la bandothèque de la radio à la recherche de la musique militaire pour occuper les ondes. La responsable de la bandothèque, une certaine madame C., ayant pris peur se réfugie dans un des placards de son service. On la cherche en vain. Rage de colère, un des "assaillants" intime l'ordre qu'on "foute une balle dans les fesses de cette madame C., si on l'a retrouve…". Les responsables de la radio vont trouver la musique militaire pour ces gens "enragés" et finalement la pauvre madame C. aura les fesses sauves.
Ces quelques petites anecdotes pour décrire un peu l'ambiance de terreur qui a prévalu au début du Front populaire qui est pour ainsi dire "la mère du présent pouvoir". Il a fallu des gens, de véritables têtes brûlées, pour conduire cette terreur. Après la révolution, le Burkina peut aussi revendiquer avoir connu sa période de "terreur".
Que sont-elles devenues aujourd'hui toutes ces personnes ? Elles sont soit mortes dans des conditions atroces, tels les cas de l'ignoble Gaspard Somé, mort dans un accident bizarre après avoir menacé de mort le haut commissaire du Soum, pour une histoire de villa présidentielle inachevée et du sergent Nadié, mort après des années de folie. Certains sont tombés dans la disgrâce, dont le plus célèbre est évidemment l'adjudant Hyacinthe Kafando. D'autres ont tourné autrement comme Gabriel Tamini, qui a depuis lors basculé dans le protestantisme et s'est mis en quelque sorte en retrait des affaires de la République, même s'il continue toujours d'occuper un bureau à la présidence.
Pour la grande majorité des combattants originels, comme l'a si bien écrit Germain Nama ( lire Salif limogé, à qui le tour ?) "ils ont fini par adopter un comportement suiviste devant l'orientation affairiste du régime, s'ils ne sont pas devenus eux-mêmes affairistes".
Progressivement donc, la chose politique a échappé aux camarades des premières heures. Nombre d'entre eux ont été bien récompensés et nommés à des postes " juteux ", comme le colonel Bonkian et cet autre qui s'occupe du parc automobile de l'Etat. Mais tous ont fini par comprendre qu'ils avaient bien intérêt à se contenter de boire le lait, plutôt que de vouloir compter les veaux.
La famille Compaoré est devenue progressivement la vraie gestionnaire du pouvoir. D'abord par la position stratégique de François Compaoré à la présidence, où il s'occupe de l'économie et est devenu rapidement le vrai détenteur du levier économique en ayant la haute main sur le monde des affaires par tous les moyens possibles, y compris par la fabrication d'acteurs marionnettes. Le porte flambeau de cette génération d'hommes et de femmes d'affaires "bling bling", c'est bien évidemment la belle-mère nationale (c'est la vraie belle-mère de François Compaoré). Alizeta Gando est le prototype même de la fulgurance en affaires.
En 1990, elle n'avait que sa moto et quatre ans plus tard, après s'être alliée aux Compaoré, et après que l'Etat lui a accordé un monopole indu, elle devenait milliardaire. Depuis, elle a diversifié ses activités pour toucher l'immobilier Azimmo et puis SOCOGIB. A présent, elle étend ses tentacules dans le BTP. Une évolution qui n'est pas faite pour créer la sérénité au sein des opérateurs du secteur.
Ensuite, il y a la sœur à Ziniaré, devenue au fil des ans l'équivalent de mami fêthè, dans la politique Burkinabè. Les ministres de l'Etat lui font allégeance. Elle ne nomme pas. Mais elle peut utilement intercéder auprès du président.
Comme on peut le voir, le centre du pouvoir est devenu familial. Les ministres du gouvernement, jusqu'au premier d'entre eux, savent qu'ils doivent compter avec ces nouveaux centres de décision et de pouvoir. Le parti, le CDP en l'occurrence, n'est plus grand-chose dans la vie de l'Etat.
Il reste maintenant l'énigme Gilbert Diendiéré. Il y a des années que son départ de son poste était annoncé, sans résultat. En octobre dernier, il était le seul vrai "combattant originel" à avoir accompagné les frères Compaoré à Pô, pour leur saga de légitimation. Il a même témoigné à l'époque sur le rôle éminent joué par Blaise Compaoré dans l'avènement de la révolution. Il a même soutenu qu'en mai 1983, c'était faute d'avoir pu mettre la main sur Blaise Compaoré, que Jean Baptiste Ouédraogo et les siens s'étaient rabattus sur Sankara, Zongo et Lingani.
L'option "familiale et monarchique" du pouvoir se met donc en place. Le gouvernement et les ministres n'ont plus de pouvoir réel. Le parti majoritaire est mis hors jeu par une approche de contournement qui a vu se créer des structures de soutien au chef de l'Etat dirigées par des personnalités économiques et les chefs traditionnels les plus en vue. Dès lors, deux options sont en présence. La première évidemment, c'est un pouvoir à vie, aussi longtemps que possible. Mais à défaut, par exemple si la santé ne le permet plus ou si le président est diminué, une malvoyance grave par exemple, la solution de substitution serait la promotion d'un François Compaoré. Pour se faire, il faut aller vite sans se précipiter et éviter autant que faire se peut l'erreur des héritiers de Eyadema. Comment faire donc pour que François Compaoré soit à la bonne position au bon moment ?

NAB


25/04/2008
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