Air Burkina et ses crises à répétition… malgré les investissements

 Situation assez confuse à Air Burkina. Selon des informations officielles, la compagnie perd beaucoup d'argent sur son trajet emblématique Ouaga-Paris que les subventions annuelles généreuses du prince Agha Khan n'arrivent pas à compenser. Pour les travailleurs, la crise à Air Burkina est une question de mal gouvernance. Ils pensent qu'il est impossible de faire 12 milliards de francs cfa par mois et de parler de perte d'argent.

La crise à Air Burkina a connu une tournure particulière depuis le mouvement de grève énergique de février dernier, qui a vu les avions et toutes les activités de la compagnie s'arrêter pendant au moins 48 heures. Le mouvement a été si drastique contraignant les autorités gouvernementales à s'y impliquer. Deux ministres, Gilbert Ouédraogo des Transports et Jérôme Bougouma du Travail et de la Sécurité sociale se sont investis et ont pesé de toutes leurs autorités pour obtenir un accord en six (06) points dont quatre autres points sur feuille volante considérés comme partie des accords. Du moins de l'avis des délégués. Ce que conteste le président du conseil d'administration (PCA), Mamady Sanoh qui dit avoir apposé sa griffe sur ce document mais dans l'intention d'ouvrir un débat et des négociations ultérieures sur les points y contenus.
L'intervention des ministres dans les négociations a permis d'aboutir rapidement à un accord et de circonscrire la crise. La bonne application des accords devait également se faire sous leur égide. Et vraisemblablement, cette caution morale ne suffit pas à faire respecter les engagements pris entraînant progressivement la détérioration du climat social dans l'entreprise. Le point de discorde serait le licenciement abusif d'un des délégués du personnel, sur un motif vraiment discutable, que le directeur général tient pour faute grave. Cette décision de licenciement contestée par l'Inspection du travail et par le ministre de tutelle a été tout de même maintenue provoquant un levé de bouclier des travailleurs qui viennent de signer une lettre ouverte au ministre et dont nous avions publié l'intégralité dans notre livraison du 25 août dernier (L'Evénement N° 146). Cette lettre ouverte signée par une grande majorité des travailleurs reproche principalement au directeur général de manquer à sa parole et de bafouer "l'autorité de l'Etat burkinabè" en ignorant l'avis du ministre en charge du Travail.

Le litige du licenciement

Francis Ouédraogo, délégué du personnel au titre de la CGT/B et connu pour ne pas avoir sa langue dans sa poche, aurait, après l'assistance à l'avion présidentielle, signé une note attestant qu'un agent a participé à l'opération et qu'il pouvait donc bénéficier de la prime de 5000 f accordée à l'occasion. Francis Ouédraogo dit avoir signé le document, pour une raison sociale, l'agent avait sa femme admise à l'hôpital et puis c'était une pratique courante. Pour le directeur général, Francis Ouédraogo s'est rendu coupable de faute grave, en "signant à la place d'un directeur. Si on laisse faire, un jour il signera à la place du DG".
Or, le défraiement servi aux agents d'Air Burkina qui assistent l'avion présidentiel n'est pas comptabilisé comme une prérogative de la compagnie. L'argent ne provient pas des caisses d'Air Burkina. C'est, dit-on, l'argent du protocole d'Etat. Au début, juste après le départ de l'avion présidentiel, tous ceux qui avaient assisté le départ présidentiel se précipitaient autour du protocole pour prendre chacun ses 5000 F CFA. Ce sont les délégués du personnel de la compagnie qui ont trouvé que cela faisait désordre et demandé que l'on procède autrement. Ainsi donc, après le départ de l'avion présidentiel, le chef de piste dresse la liste des agents qui ont travaillé et ces derniers passent à la caisse. Si le chef de piste est habilité à dresser la liste du personnel ayant effectivement travaillé, il est dès lors difficile de lui en vouloir d'avoir attesté qu'un agent a participé à l'opération. De toute façon sur cette affaire, les avis sont clairs. La hiérarchie de la compagnie se montre même gênée par l'entêtement du DG, dans une affaire qui sent manifestement l'abus. Outre les avis de l'Inspection du travail et du ministre du Travail qui sont contre la décision, l'affaire serait actuellement pendante devant la justice.

Climat social malsain !

Le climat social au sein de la compagnie est actuellement exécrable. La lettre ouverte signée par plus de 70 travailleurs du siège montre la préoccupation et la précarité de la situation. Il est fort probable qu'une grève, lancée dans ce contexte, n'ait pas les effets paralysants de celle de février dernier, en raison de la politique de recrutement qui a fait entrer de nombreux expatriés dans le personnel, mais il reste qu'elle aura tout de même des effets négatifs, sur un bilan que l'on dit déjà déficitaire de plus de 2 milliards de francs cfa pour les six premiers mois de l'année.
Il reste que si le climat actuel n'est pas résorbé au sein de l'entreprise, l'ambiance de travail ne permettra pas aux travailleurs de donner le meilleurs d'eux, convaincus à tort ou à raison par divers exemples que la souffrance, c'est pour les locaux et le beurre pour les expatriés, alors que la compagnie, même privatisée, porte l'emblème nationale. Imaginer un seul instant que sur Air France, pour ne citer que celle-ci, les Français soient systématiquement moins bien payés que des expatriés américains au nom de la différence du niveau de vie dans les pays respectifs. L'argument est parfois difficile, quand on considère des exemples précis. Un mécanicien français en poste à Ouagadougou qui a les mêmes qualifications que son collègue burkinabè touche environ 7 500 euro par mois, soit 5 millions de francs cfa. Le Burkinabè, lui, ne perçoit pas 1000 euros, c'est-à-dire pas même un million. Le directeur général explique qu'autrement, le Français n'accepterait pas de venir travailler au Burkina. Il reste que c'est une situation d'injustice difficile à accepter. La différence est trop abyssale pour ne pas engendrer des frustrations. Mais il y aurait des situations encore plus inacceptables. Dans le pilotage de l'avion, un commandant burkinabè est moins bien payé que son copilote expatrié. C'est comme si l'adjoint était plus important que le chef de bord.
Pour ne rien arranger, des petits aspects de gestion finissent par faire croire aux travailleurs locaux que la compagnie est une vache à lait pour expatriés. Un petit panier de cacahuètte servi que l'on trouve sur le marché burkinabè à moins de 150 F Cfa est facturé à 4000 F CFA à la compagnie. Ce marché est détenu par un expatrié.


L'accumulation de ces griefs dans un climat de gestion où le premier responsable apparaît très souvent comme étant sur ses griffes, ceux qui connaissent Ghelala disent qu'il est timide, ne fait rien pour arranger les affaires de la compagnie. Bien sûr, ce 10 septembre, la compagnie va réceptionner un nouvel avion, notamment un MD 87, mais au même moment, il n'est pas assuré de maintenir sa liaison Ouaga-Paris. C'est donc une situation des plus incertaines qui prévaut. L'audit demandé par les accords de février dernier tarde à se concrétiser et absolument rien pour l'instant n'est fait pour améliorer le climat social au sein de l'entreprise. Ghelala traîne la mauvaise réputation, auprès des travailleurs, d'avoir la main leste pour le licenciement. Dans ces conditions, c'est la psychose et la lettre ouverte l'exprime bien : " Aucune règle en matière de recrutement, promotion, sanction ou affectation. Aucun plan de carrière des agents (…) Les travailleurs burkinabè sont, et nous le répétons à l'envie, des laissés pour compte et traités avec dédain et désinvolture."
Un statut est en préparation, répond Ghelala et s'il n'a pas abouti jusque là, c'est la faute aux délégués des travailleurs. NAB



16/09/2008
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