11 décembre à Fada : Un héritage entretenu difficilement

Voilà déjà presque une année que la ville de Fada chef lieu de la région de l'Est a organisé les festivités marquant le 49e l'anniversaire de l'indépendance du Burkina Faso. C'était le 11 décembre 2008. Une cérémonie organisée en grandes pompes avec près de 6.000.000.000f CFA dépensés pour l'événement. Fada a ouvert le bal de la nouvelle formule qui veut que la fête nationale soit désormais organisée dans les chefs lieux de région de façon tournante. Les investissements pour la fête ont coûté cher, n'ont pas changé fondamentalement le visage de fada et sont aujourd'hui un héritage encombrant pour la commune. La mairie n'a pas les ressources pour entretenir "ces lubies" d'une commémoration.

11,3 km de routes bitumées, une auberge, une cité des régions, un aérodrome, un pied à terre pour le président, un stade, des feux tricolores ….voilà quelques réalisations du 11 décembre qui devaient donner un coup de fouet au décollage de la cité de Yendabri après les festivités. Sur ces points, les premiers responsables de la région et certains citoyens ordinaires sont satisfaits. Pour le gouverneur de la région de l'Est, Kilimité Théodore Hien, beaucoup de choses ont changé à Fada. "La fête a permis d'accroître les capacités d'accueil de la ville, de renforcer les capacités des acteurs et de donner un nouveau look à Fada." Le vieux Tankoano, la soixantaine bien remplie, est aussi fier de la ville qui l'a vu naître "Vous voyez que Fada est devenue une grande ville. Bientôt nous allons même dépasser la capitale. Nous avons tout ici maintenant" se réjouit-il. Mais tout le monde n'est pas du même avis. Salif est un jeune réparateur de téléphones portables. Il ne perçoit pas un changement véritable dans la ville de Fada avec l'organisation du 11 décembre. "Je ne vois pas un changement sur notre vie quotidienne. Je pense qu'on aurait mieux fait en créant des emplois pour la jeunesse. Malheureusement on a préféré les investissements physiques et la fête" regrette-t-il.
Les traces de la commémoration sont encore visibles. Les feux tricolores, à l'entrée du centre ville, en sont l'illustration la plus marquante. En effet, c'est avec la fête du 11 décembre que Fada a eu ses premiers feux tricolores sur la principale voie qui le traverse en longueur. Mais un an après, certains ne fonctionnent plus. Plus exactement, cinq feux tricolores sont en panne. La mairie qui en a la charge, en collaboration avec la société nationale d'électricité, SONABEL, ne connaît pas la raison de l'arrêt de ces feux depuis plusieurs semaines. Le premier adjoint au maire rassure que tout sera fait pour que ces feux tricolores soient de nouveau fonctionnels.
La mairie tente de s'organiser pour gérer les réalisations qui lui ont été léguées après la fête de l'indépendance. Un contrat a été signé avec une dizaine d'associations pour balayer les routes bitumées. Le stade qui est aussi devenu un patrimoine communal fait aujourd'hui la fierté des autorités municipales. Mais son entretien commençait à peser lourd sur les finances de la commune obligeant le conseil municipal à chercher des solutions moins coûteuses. Pour l'entretien du gazon il fallait faire venir la tondeuse de Ouagadougou. Pas moins de 300.000f à débloquer pour un déplacement. Le conseil a décidé d'acquérir sa propre tondeuse qui est déjà arrivée il y a quelques jours. La qualité de l'ouvrage n'est pas non plus parfaite. La saison pluvieuse a révélé les imperfections du stade municipal construit aussi avec empressement pour être inauguré pendant la fête. L'eau stagne sur une partie du terrain. L'entreprise ayant exécuté les travaux a été contactée et les failles devraient être corrigées.

Les villas de la CNSS cherchent acquéreurs

La caisse nationale de sécurité sociale gère ces villas. L'auberge qui est aussi un investissement de la caisse est cédée à un opérateur privé pour gérance. C'est près de 2.500.000.000f que la CNSS a investi à Fada à l'occasion du 11 décembre, selon la direction générale de la CNSS. Aujourd'hui, les 65 villas sont mises en vente. Toutes les villas demeurent fermées à ce jour. L'électricité a été coupée sur instruction du directeur général lui-même pour maîtriser les charges d'entretien. L'engouement espéré n'est pas au rendez vous. La caisse est à son deuxième communiqué dans la presse pour inviter les populations à venir souscrire. Les prix des villas se situent entre 46 et 52 millions selon le mode de paiement. Avant la remise des clefs l'acquéreur doit verser au moins 30% du prix de la villa et s'engager à payer le reste. Pour le moment, aucune clef n'a encore été remise. La CNSS peine visiblement à trouver des clients pour ses villas de type F3. Ce manque d'engouement serait lié à plusieurs facteurs : "c'est vrai qu'au regard des coûts, des gens estiment que c'est cher. Les cités sont situées à un endroit où l'acquéreur n'a pas choisi, le plan n'est pas aussi forcément l'idéal et cela ajouté aux coûts pourrait expliquer ce faible engouement" explique le gouverneur de la région de l'Est. Certains parlent aussi de la qualité de ces villas construites un peu dans la précipitation pour être prêtes le 11 décembre. Sur ce point le directeur général de la CNSS Innocent Couldiaty rassure : "c'est vrai que le contexte dans lequel les villas ont été construites peut donner l'impression qu'il n y a pas eu du sérieux. Mais je puis vous dire que tout le travail s'est fait dans les normes. Il n y a pas de problème sur la qualité de ces villas" Malgré le peu d'engouement Innocent Couldiaty reste optimiste. "Nous n'avons pas encore fait le point sur le nombre de postulants. Mais nous avons un certain nombre d'institutions, de particuliers et les collectivités qui s'intéressent aux villas. Nous pensons aussi que l'information n'a pas suffi. C'est pour cela nous sommes en train de faire de nouvelles campagnes de communication pour inviter les gens à souscrire.". En début d'année l'affaire, dite des villas de la CNSS à Ouaga, révélée dans la presse suite au rapport de la cour des comptes a défrayé la chronique. De nombreux observateurs à Fada pensent que cela joue aujourd'hui sur l'engouement autour des villas de la cité des régions. "Les gens ont peur qu'on ne retrouve leur nom un jour dans les journaux au cas où ils n'arriveraient pas à respecter l'échéance établie par la CNSS. Il est difficile pour nous aussi d'avoir l'argent cash pour payer. Les opérateurs économiques de la région aussi ne sont pas bien assis pour acheter des villas de ce type. Et d'ailleurs ils préfèrent eux mêmes construire" explique un cadre de la région. Innocent Couldiaty est aussi conscient que "l'affaire des villas" a été une mauvaise publicité pour la caisse. Du côté de l'auberge du 11 décembre c'est un fils de la région qui a loué l'infrastructure située sur la route de Pama. Un joyau d'une capacité de 36 lits. L'affluence est timide pour le moment mais le promoteur ne regrette pas de l'avoir loué. La nuitée coûte entre 15.000 et 25.000, selon le type de chambre. Des prix au dessus de la bourse des citoyens moyens, selon de nombreux fadalais. Les clients se recrutent essentiellement du côté de l'Etat, des entreprises et des institutions et ONG intervenant dans la région.

L'eau est venue de Ouaga

Un an après la fête nationale la ville de Fada est replongée dans ses habitudes. Pas de changement dans le quotidien des populations. Les commerçants qui attendaient aussi cet événement avec impatience pour faire des affaires font un bilan assez mitigé. "Certains commerçants de produits locaux de la région comme le miel ont pu vendre quelque chose. Mais de façon générale on n'a pas eu grand-chose. Au contraire, nos clients ordinaires, qui sont ici à Fada ce jour là, nous ont abandonnés pour aller à la fête. Pourtant nous on croyait qu'on allait bien vendre. Les autorités ont même préféré aller chercher les condiments à Ouagadougou." Déclare ce vendeur de pagnes au marché central de Fada. Kilimité Théodore Hien en a aussi fait la remarque. Mais le problème n'était pas à leur niveau selon lui. L'eau qui devait servir à désaltérer les "défilants" a été acheminée par camionnettes depuis Ouagadougou alors que des sociétés en produisent sur place à Fada. Les opérateurs venus de Ouagadougou n'ayant pas prévu d'installations pour rafraîchir cette eau ont distribué directement leurs sachets chauds aux "défilants". Le gouverneur cite cela parmi les choses à éviter à l'avenir lors des cérémonies de ce genre dans les régions. "Il faut éviter de vouloir tout faire à partir de Ouagadougou. Sur des aspects comme l'eau cela est ridicule. Mais je ne suis pas sûr qu'on puisse éviter cela à Ouahigouya parce que ceux qui le font en profitent et n'ont pas intérêt à ce que ça s'arrête. Autre aspect important, il faut éviter d'avoir deux comités d'organisation. Un qui travaille sans moyen et un autre qui ne travaille pas et qui dispose de tous les moyens. Pour le cas de Fada vers la dernière ligne droite nous avons reçu 200 organisateurs avec des badges venus de Ouagadougou qu'on n'avait pas prévu. Il fallait les loger et les nourrir. C'est eux qui disposaient des véhicules et le comité local n'avait rien". Pendant que les préparatifs du prochain 11 décembre vont bon train le bilan financier sur le précédent n'est pas encore disponible. Du côté des organisateurs, on rassure que ce sera chose faite dans quelques jours. Ceux de Ouagadougou auraient fini et attendent toujours le bilan de Fada qui tarderait à parvenir. MZ



18/12/2009
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