Voter pour Obama, c'est cool !

La dernière mode sur les campus américains ? Soutenir le candidat métis, qui a déjà raflé la grande majorité du vote des jeunes lors des premières primaires. Reportage à l'université du Missouri, l'un des Etats clés de ce "Super Tuesday".

Pour une génération trop jeune pour se souvenir d'un autre président que l'actuel locataire de la Maison-Blanche, il représente l'antithèse de Bush : jeune, dynamique, idéaliste, intelligent et – n'ayons pas peur des mots – à la mode. Pour ces jeunes gens dont l'adolescence a été ponctuée par les attentats du 11 septembre 2001, par la guerre en Irak et par la victoire manquée des démocrates aux élections de 2004, rien que l'idée de l'élection de Barack Obama semble irrésistible.

Sur l'immense campus de l'université du Missouri, un Etat clé de ce "Super Tuesday", la raison majeure pour choisir Obama est simple : le soutenir est devenu tendance. "Quand il y a un candidat à la mode, c'est difficile de voter pour quelqu'un d'autre", reconnaît Mark Buhrmester, 21 ans, qui jusqu'à une date récente dirigeait le club démocrate du campus. "Les jeunes discutent beaucoup de politique entre eux. Barack Obama, c'est branché, alors, si on n'est pas pour lui, c'est qu'on n'est pas branché."

Ce soutien massif qui frise le culte de la personnalité pourrait s'avérer décisif dans une campagne marquée par une participation électorale sans précédent des jeunes. La jeune génération des militants démocrates assure ne pas avoir les mêmes préoccupations que ses aînés. Elle prétend avoir grandi à une époque où la race et le sexe n'ont plus d'importance, et se dit indifférente aux combats pour l'avortement et le mariage homosexuel. Ses chevaux de bataille, ce sont l'Irak, le réchauffement climatique, l'assurance-maladie et le rejet d'une culture politique américaine devenue de plus en plus grossière.

"Nous avons grandi alors que régnait à Washington un extraordinaire climat d'acrimonie, commente Buhrmester. Nous avons un président qui se moque bien des problèmes auxquels sont confrontés les jeunes et un Congrès qui approuve cette politique peu compassionnelle. Quand on devient majeur sous George W. Bush, c'est très facile d'être cynique et très facile d'être démocrate."

Obama a autant bénéficié de ce sentiment qu'il en a été le catalyseur. Il doit sa première victoire du 3 janvier dans l'Iowa au vote massif des jeunes électeurs. Il en a été de même une semaine plus tard en Caroline du Sud, Etat où il l'a emporté haut la main. Lorsque Caroline Kennedy, la fille de John F. Kennedy s'est déclarée en faveur d'Obama la semaine dernière, ses trois enfants, des adolescents, étaient déjà tous partisans du sénateur de l'Illinois. "Ce sont eux qui les premiers m'ont fait prendre conscience que Barack Obama est le président dont nous avons besoin", a-t-elle affirmé.

L'attrait exercé par Obama sur les jeunes électeurs a modifié la donne dans le camp démocrate. Leur participation lors des caucus de l'Iowa a été 135 % plus forte qu'en 2004, et bien supérieure à celle de l'ensemble de la population. Et ils se sont prononcés pour lui à une majorité écrasante. Chez les moins de 25 ans, ils étaient cinq fois plus nombreux à voter pour Obama que pour ses concurrents. Et sa popularité auprès des jeunes s'est même vérifiée dans les Etats où il a perdu, comme le New Hampshire ou le Nevada.

A l'université du Missouri, le camp Obama a été le premier à fonder une antenne locale sur le campus, au printemps 2007. Quand sont arrivées les vacances d'été, elle comptait déjà plusieurs centaines de membres, rapporte Glenn Rehn, qui dirige le groupe Students for Obama. Cet été, Rehn, 25 ans, s'est rendu à l'université d'été Obama, à Chicago, pour y apprendre "comment créer le buzz". A la rentrée universitaire fin août, il a utilisé ses nouvelles compétences et mis en place des tables d'information consacrée au candidat une ou deux fois par semaine. Pour Rehn, ce travail précoce a été essentiel pour attirer les nouveaux étudiants dès leur arrivée. "Il n'y avait encore aucun autre club où les étudiants de première année pouvaient s'engager", souligne t-il.

Pour preuve de leur influence grandissante sur le paysage politique, les jeunes citent les efforts déployés par tous les candidats pour s'attirer leurs faveurs : groupes Facebook, vidéos sur YouTube et même les confessions des candidats sur la musique qu'ils écoutent sur leur iPod. (Obama, pour sa part, se vante d'écouter Beyoncé et Jay Z). Alors que les médias continuent d'être obnubilés par le vieillissement de la génération du baby-boom, une nouvelle génération est en train de monter et, cette année, elle vote incontestablement pour Obama.

Suzanne Goldenberg
The Guardian



06/02/2008
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