Vol de numéraires chez François Compaoré Matinée d'explications à la Cour d'appel

Notre dossier consacré au " voleur de François Compaoré " paru dans l'édition N°181 du 10 février dernier a fâché Mme Honorine Méda, Procureur générale à la Cour d'appel de Ouagadougou. Invité à une séance d'explications le samedi 20, L'Evénement s'y est rendu en compagnie de son conseil, Maître Farama Prosper.

A la suite de notre dossier relatant les conditions dans lesquelles l'affaire du vol des numéraires chez François Compaoré avait été appelée le 14 janvier dernier, Newton Ahmed Barry, notre rédacteur en chef, a reçu un appel téléphonique de la Procureur générale à propos d'un certain nombre d'affirmations jugées inexactes contenues dans ledit dossier. Un rendez-vous avait été pris au cours de cet appel pour la poursuite de l'entretien à la Cour d'appel. Initialement prévue pour le jeudi 18 février, la rencontre a été repoussée au 20 à la demande de la procureur générale. C'est finalement le directeur de publication qui a dû effectuer le déplacement, Newton Ahmed Barry étant parti précipitamment en reportage au Niger, suite au coup d'Etat intervenu dans ce pays le mercredi 17. Il avait cependant demandé et obtenu auparavant d'être accompagné par Maître Farama.
Entouré de ses collaborateurs, (ils étaient cinq), Honorine Méda a d'entrée de jeu décliné ses griefs contre nous. Nous avions en effet écrit que le jugement du 14 janvier "s'est tenu sans saisine préalable de la Chambre d'accusation, sans inscription du dossier au rôle, sans prévenus et sans témoins". Nous avions par ailleurs affirmé que cette affaire avait été manigancée par Adama Sagnon, procureur général adjoint, un titre qui ne se trouve nulle part dans notre nomenclature judiciaire ! Cette allégation, affirme la procureur générale, repose sur le seul fondement que les convocations des témoins portaient sa signature. Pour la Procureur générale, ces affirmations sont inexactes. Elles auraient pu être évitées, poursuit-elle, si nous nous étions adressé au parquet général pour avoir la bonne information. Revenant sur le fond, madame Méda a dit que le dossier "vol de numéraires" a fait l'objet d'une procédure d'instruction et d'une saisine de la Chambre d'accusation qui a rendu un arrêt de renvoi le 23 février 2000. Dès lors, la voie était ouverte pour le jugement. En matière criminelle, rappelle-t-elle, le juge d'instruction est un passage obligé ; il n'y a pas d'enquête à parquet comme nous l'avions supposé! Enfin, madame Méda a tenu à nous rassurer que c'est bien elle la patronne du parquet général. C'est à ce titre qu'elle a instruit ses substituts pour l'établissement des avis de convocation. Une mise au point qui vise à dissiper l'idée que quelqu'un aurait pu la manipuler. Ce que le substitut Sagnon saisit au bond pour revenir sur nos "amabilités" le présentant comme celui qui cherche à se faire voir : "Je n'ai pas besoin de me faire voir, pas même par François Compaoré. Je n'ai pas du tout aimé vos analyses. Je suis substitut du procureur général et cela me suffit. Je ne comprends pas votre acharnement contre moi !", a-t-il martelé.
En dépit de ces explications quelque peu musclées, nous avons pour notre part apprécié cette démarche d'explications, d'autant que le journaliste aussi informé soit-il n'en est pas moins faillible. Au demeurant, si on nous reproche de n'avoir pas consulté le parquet général avant de publier nos écrits, ce n'est pas faute d'avoir essayé. Nous avons en effet tenté de joindre Adama Sagnon, mais en vain. Il a d'ailleurs confirmé qu'il était en voyage dans la période. Ceci dit, nous avions nos conseils, Mes Sankara et Farama, auxquels nous nous sommes naturellement adressé pour comprendre ce qui se passait. Sur l'enrôlement du dossier, Me Farama, présent à la rencontre, a réaffirmé qu'au rôle du 14 janvier, le dossier Hamidou Ilboudo n'y figurait pas. S'agissant de la saisine de la Chambre d'accusation, il y a un sérieux malentendu. Nous ne pouvions pas comprendre qu'au parquet général, on pouvait ignorer toutes les irrégularités qui ont entaché l'instruction préalable orchestrée et manipulée par le groupe de Marcel Kafando (lire à ce propos le témoignage d'Hamidou Ilboudo). Nous avions en effet écrit que "depuis le jugement de l'affaire David Ouédraogo, aucun acte de procédure n'a plus, à notre connaissance, été posé concernant le dossier Ilboudo Hamidou". Pour nous, si Hamidou devait être jugé, il ne pouvait l'être que sur la base d'une autre procédure d'instruction faite dans un environnement plus sain et plus rassurant pour le prévenu. L'arrêt de renvoi du 23 février montre qu'au moment du jugement de l'affaire David en août 2000, dans lequel comparaissait également Hamidou Ilboudo, le dossier de vol de numéraires était déjà bouclé. La question se pose naturellement de savoir si quelque chose pouvait encore être fait. Il semble bien que oui. Le chef du parquet général peut en effet ordonner l'ouverture d'une information complémentaire, gérer l'agenda et le programme des audiences ou même décider d'annuler les poursuites s'il le juge nécessaire. Au cours de la rencontre du samedi 20 février dernier, Sagnon Adama a révélé que c'est lui qui a attiré l'attention de la procureur générale sur ce dossier. Que voulait-il dire exactement ? Nous n'avons pas pu le savoir. Nous ne pouvons que constater cependant que le parquet général a été mal inspiré de faire enrôler ce dossier. On était en droit d'attendre mieux de la justice dans cette affaire qui a fait couler beaucoup d'encre.

Germain B. Nama



04/03/2010
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