Usa : Comment faire du neuf avec de l'ancien

 Le président élu a beau avoir fait du changement son principal argument de campagne, sa nouvelle équipe gouvernementale rassemble, pour l'essentiel, des vétérans de l'ère Clinton.

Pendant ses deux années de campagne, Barack Obama n'a cessé de répéter : "Le changement ne vient pas de Washington, il arrive à Washington." Trois semaines après sa victoire, le nouveau président semble revenir sur ce mantra, en formant un gouvernement qui fait la part belle aux vétérans d'une ère politique qu'il s'était pourtant promis de remplacer. Dans un revirement spectaculaire, il a ainsi demandé à Hillary Clinton – sa farouche adversaire des primaires et épouse du dernier président démocrate - d'accepter le poste de secrétaire d'Etat.
Le nouvel élu entrera certes à la Maison-Blanche avec des pièces rapportées de Chicago, comme ses conseillers de longue date Valerie Jarrett ou David Axelrod. Mais si le sénateur de l'Illinois s'était engagé à tourner la page de la polarisation politique de la génération du baby-boom, il n'en a pas moins fait comprendre qu'il n'était pas seulement acceptable mais parfois franchement recommandé à certains de ses nouveaux collaborateurs de pouvoir se vanter de quelques actions dans les querelles politiciennes qui ont divisé Washington ces vingt dernières années. En ce qui concerne le choix d'Hillary Clinton, Obama a décidé de faire entrer un formidable adversaire au sein de son propre camp, pensant de toute évidence que la base politique, l'intelligence et l'expérience de celle-ci à la Maison-Blanche et au Sénat l'emportaient sur son soutien à la guerre en Irak, qu'il considère comme une erreur. Une fois en poste, le président pourra compter sur l'autorité d'Hillary Clinton pour faire appliquer ses décisions en matière diplomatique, même si cette dernière a parfois pu qualifier de naïves ou mal avisées les positions de son ex-rival en matière de politique étrangère.

L'expérience semble également avoir été privilégiée dans le cas de Tom Daschle, le nouveau ministre de la Santé, qui sera chargé de mener la réforme de l'assurance-maladie. Alors numéro deux du Sénat, Tom Daschle avait été aux premières loges pour assister à l'échec du projet de couverture santé universelle du président Clinton, au début des années 1990. Le candidat favori à la fonction de ministre de la Justice, Eric Holder, a déjà été chahuté au même poste sous Bill Clinton. Peter Orszag, pressenti au poste de directeur du Budget, a été un témoin privilégié des querelles partisanes des années Bush et Clinton. Le nouveau secrétaire général de la Maison-Blanche, Rahm Emmanuel, a planché à l'époque Clinton sur l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), pourtant critiqué par le candidat Obama. Quant au nouveau ministre des Finances, Timothy Geithner – certes préféré à Larry Summers, l'ancien ministre des Finances de Bill Clinton –, il a tout de même travaillé au ministère des Finances sous trois présidents, dont Bill Clinton.

L'entourage d'Obama souligne cependant que le nouveau président n'a pas l'intention de renoncer au changement. Au contraire, soutiennent-ils, il a compris que ces personnes d'expérience pouvaient être mobilisées pour l'aider à réaliser ses objectifs. "Il ne cherche pas des gens pour l'aider à se forger une vision", explique David Axelrod, ancien stratège de campagne de Barack Obama et futur haut conseiller à la Maison-Blanche. "Il est en train de former un gouvernement avec des gens capables de réaliser ses objectifs."

John Harwood
The New York Times



24/11/2008
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