Sarkozy a peur du vide

L'hyperprésidence du chef de l'Etat français ne serait qu'une forme subtile d'angoisse existentielle : prouver en permanence à une audience - qui pourtant le sait - que le président, c'est bien lui.

Il y a des formulations qu'on n'applique pas à un président de la République. Souvent traité avant son élection d'"agité du bocal" par ses ennemis, Nicolas Sarkozy élu a hérité d'une nouvelle appellation : "l'hyperprésident". Le changement de signifiant n'a pas obéré grand-chose du signifié : l'activisme de Nicolas Sarkozy a toujours suscité une certaine perplexité, qui n'a fait que s'approfondir. Son omniprésence, qui écrase non seulement son gouvernement, Premier ministre en tête, mais aussi d'autres rouages de l'Etat, est généralement critiquée, par le peu qu'il reste d'opposition, comme une politique délibérée d'occupation du terrain. Même son souci, aussi soudainement ressuscité que sa flamme amoureuse, d'étaler sa vie privée sous les objectifs des photographes, est porté au compte de sa volonté supposée d'occulter le manque d'effets de son action.

Osons pourtant l'hypothèse que, dans le cas de Nicolas Sarkozy, une clé importante de compréhension des ressorts de son action n'est pas de l'ordre du conscient. Ainsi, depuis le début de son quinquennat, l'ancien maire de Neuilly semble dépenser une énergie considérable à prouver à une audience qui, elle, le sait depuis six mois, que c'est bien lui qui a été élu président. Le nouveau locataire de l'Elysée paraît absorbé dans une perpétuelle entreprise de comblement d'un vide, magistralement décrite par l'écrivaine Yasmina Reza. Et aujourd'hui, plus encore qu'avant son élection, paraît étrange le sentiment que donne Nicolas Sarkozy, suivant lequel si ce n'est pas lui qui parle ou arpente la scène, le silence serait assourdissant et la scène vide.

D'où aussi cette impression, que le président fonctionne par succession de spasmes, rythmés par ses intuitions ou angoisses du moment. A force de vouloir démontrer qu'il est là où il est (au sommet), Nicolas Sarkozy finit par donner l'impression qu'il ne fait pas ce qu'il doit (faire fonctionner la machine en produisant des résultats). Ses angoisses ne sont sans doute pas plus justifiées que les attaques de ses critiques. Mais, paradoxalement, il serait bon que le président français se rassure un peu sur lui-même. Question de pouvoir cesser d'y penser.

Jurek Kuczkiewicz

Le Soir



08/01/2008
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