Obama enivre la planète entière

 Nous ne cacherons pas notre joie de voir ce fils d'un immigré d'Afrique accéder à la tête de la plus grande puissance du monde. Sa victoire est d'autant plus surprenante, que nous sommes comme bien d'autres citoyens du monde, frappé par le préjugé d'une Amérique demeurée raciste, malgré ses formidables avancées sur de multiples plans. C'est paradoxalement aux Etats-Unis mêmes que l'élection d'Obama semble avoir constitué la plus grande surprise. Les sondages avaient beau prédire l'événement, beaucoup redoutaient toujours un effet Bradley qui les ferait mentir. Quand l'incroyable se produisit, la joie ne pouvait s'exprimer que par des larmes. Sur la place publique de Chicago qui a accueilli un Obama triomphal, on a beaucoup pleuré. Ce Soir là, l'émotion n'était pas seulement nègre, elle était aussi blanche. Alors l'Amérique raciste doit-elle désormais se conjuguer au passé ? On le voudrait bien, mais il ne faut pas rêver. L'Amérique multiraciale a toutefois montré qu'elle avait assez de ressources pour réaliser cette révolution culturelle qui a permis au monde d'effectuer un pas de géant.

Au-delà de l'émotion, cet événement traduit la victoire du symbole. Que de chemin parcouru depuis Gobineau, Lévy Bruhl et Hegel qui ont forgé le mythe de l'homme noir dont l'incapacité serait inscrite dans les gênes. Ces thèses ont fourni aux négriers de tout acabit le terreau idéologique nécessaire pour s'adonner à des pratiques ignobles comme la traite négrière qui a alimenté des continents entiers du bétail humain dont la seule fonction reconnue est celle de pourvoyeur de richesses pour les besoins des maîtres blancs.

L'Amérique doit à sa jeunesse ce sursaut salutaire qui lui permet de se mettre en situation de conjurer un passé de honte. L'élection d'un fils d'immigré d'Afrique est le symbole le plus fort de ce désir d'universalité qui a longtemps rongé ce grand pays sans vraiment pouvoir aboutir. Les jeunes américains ont fini par convaincre leurs parents de la nécessité d'en finir avec un archaïsme culturel qui n'avait que trop duré. Ils se sont ainsi donnés les moyens de parvenir à leurs fins, et voilà qu'à son tour, l'histoire leur donne pleinement raison. Evidemment, l'Amérique n'a pas élu un Noir pour le simple plaisir d'élire un Noir. Le pays de l'oncle Sam traverse une crise financière sans précédent qui vient amplifier la crise d'un exécutif empêtré dans deux guerres à l'issue incertaine. L'arrogance de l'administration Bush dans ses rapports avec le reste du monde a donné de ce grand pays une image détestable. Le changement était devenu un impératif catégorique. Mais l'Amérique a montré qu'elle ne voulait pas d'un changement cosmétique. Celui-ci devait être radical et c'est pourquoi elle a préféré Barak Obama à tous les autres prétendants au trône. Obama est donc bien plus le symbole de cette volonté de changement radical des Américains. Il lui appartient maintenant de faire en sorte que le symbole ne soit pas synonyme de mirage. C'est là qu'il doit faire preuve d'ingéniosité pour prouver que l'Amérique n'a pas eu tort de porter son choix sur lui. C'est un pari dont il n'est pas seul comptable. Il doit non seulement mettre tous les démocrates dans le coup, mais plus encore cette jeunesse américaine qui a été l'artisan de sa victoire. Pour réussir, Obama doit trouver les moyens de la mettre le plus judicieusement possible à contribution.

Et l'Afrique dans tout ça ? Le président sénégalais Abdoulaye Wade qui a montré un visage détestable en matière de démocratie est curieusement celui qui a apporté la réponse la plus pertinente à l'euphorie qu'a provoqué l'élection d'Obama en Afrique : Il ne faut pas attendre d'Obama qu'il déverse des dollars sur l'Afrique ou qu'il ouvre grandement les portes des Etats-Unis aux Africains. Si tant est que l'élection de ce fils d'Africain à la tête du plus grand pays du monde honore les Africains, qu'ils l'aident à réussir son mandat. Certes, on a le droit d'attendre de son administration, plus d'égard en terme de respect et de dignité à l'égard d'un continent dont il devrait mieux comprendre les souffrances, mais c'est tout. Alors comment les Africains peuvent-ils aider Obama ? Le président sénégalais ne l'a pas dit, mais nous avons notre petite idée sur la question. Nous pensons que les Africains devraient commencer par respecter ce qu'ils ont admiré chez les Américains, c'est-à-dire la démocratie. C'est en effet la force de la démocratie américaine qui a propulsé au pouvoir Barak Obama, inconnu du grand public américain il y a seulement quelques années. Il faut que l'Afrique arrête de tripatouiller les constitutions et qu'elle apprenne à respecter les règles de l'alternance démocratique. L'élection d'Obama est un véritable pied de nez à nos chefs d'Etat africains dont la propension est de réprimer, y compris dans le sang, les aspirations au changement des Africains. Si on veut aider Obama, nous devons changer l'image que l'Afrique offre au monde. Pour aider quelqu'un, il faut avoir de bonnes raisons de le faire. Le seul sentiment que l'on est tenté d'avoir à l'égard de l'Afrique, c'est la pitié ! Il ne faut pas se leurrer, nombre de chefs d'Etat du continent auraient préféré Bush au pouvoir ad vitam. Obama est une parenthèse de l'histoire qu'ils aimeraient voir rapidement fermer. L’Evenement



24/11/2008
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