Marcel Kafando, enterré dans la discrétion

 Le mercredi 23 décembre en début de soirée, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre. L'ex-adjudant Marcel Kafando, le seul inculpé dans l'affaire Norbert Zongo avant de bénéficier d'un non- lieu prononcé le 18 juillet 2006, a rendu l'âme. Nous apprenons qu'il était admis à la clinique Suka pour recevoir des soins et c'est dans cette même clinique qu'il est décédé. Quand nous arrivons sur les lieux, en cette soirée de l'avant-veille de Noël, quelques personnes dévissaient, discrètement, en attendant d'être situées sur le déroulement des obsèques. Nous décidons alors de faire le pied de grue, un peu à l'écart de ces gens, tous anonymes. Il n'y avait la présence d'aucun officiel.
A 19 heures, comme l'attente commençait à trop durer, nous-nous résolvons à faire un tour dans la maison mortuaire située dans le quartier Gounghin, non loin de l'hôtel Sana. A son domicile, il n'y avait pas de signe perceptible de la survenue d'un événement. Ce n'est que plus tard qu'on a constaté une présence d'hommes devant la porte.
Le lendemain 24 décembre, dans la matinée, deux tentes avaient été dressées et des chaises installées, mais il n'y avait toujours pas de l'affluence. Au cimetière de Gounghin, aux environs de 9 heures, une machine actionnée par des éléments du Génie militaire creusait la tombe et on avait fixé l'enterrement à 14 heures. Mais entre-temps, la machine a lâché. Il fallait des biceps pour continuer à bâtir la dernière demeure de l'ex-adjudant. On fit appel à la force physique des jeunes recrues de l'armée et de quelques connaissances venues pour la circonstance. Comme il fallait déployer un effort physique considérable, à midi, on leur a envoyé des boîtes de sardines plus des sachets d'eau minérale. Vu la panne de la machine et la lenteur des creuseurs liée à la dureté du sol, l'heure de l'inhumation a été repoussée. Entre 14 heures et 15 heures, un vieux car de couleur verte avec à son bord des militaires est arrivé au cimetière. Ils étaient tous habillés en treillis neufs avec chacun un sous corps noir. Nous avons pensé que leur présence répondait au besoin d'un cérémonial militaire, mais rien n'y fit. Certains d'entre eux se sont joints à ceux qui étaient à la tâche depuis des heures pour aider à approfondir la tombe. C'est vers 17 heures que le corps a été envoyé à l'église des Assemblées de Dieu à Gounghin pour la prière. Le cortège modeste s'est ébranlé par la suite à destination du cimetière, nouvellement clôturé, de Gounghin. Sur les lieux, quelques fidèles chrétiens, des protestants, ont entonné une chanson : "Jésus a donné son sang pour expurger nos pêchés".
Un pasteur prit la parole pour louer l'attachement que Marcel Kafando avait pour la parole de Dieu depuis 2001. En rappelant le témoignage du premier pasteur de Marcel Kafando, le pasteur Bamouni a relaté comment celui-ci est venu un jour avouer qu'il brûlait de désir de connaître la parole de Dieu. Et depuis qu'il s'y est engouffré, il ne se séparait plus jamais de sa bible jusqu'à l'instant fatidique. Il a ajouté que celui qui fait sienne la parole de Dieu sera sauvé. Après cette brève exhortation, on mit le cercueil en terre, on l'ensevelit et un membre de la famille remercia les voisins, les amis et les ex-collègues militaires venus accompagner l'ex-patron de la garde rapprochée de Blaise Compaoré à sa dernière demeure. De l'annonce du décès jusqu'à l'enterrement, aucun officiel, connu, n'a été vu sur les lieux. Curieux destin, Marcel, l'un des suspects sérieux inculpé, mais jamais sérieusement inquiété a rejoint le cimetière de Gounghin, le même cimetière où l'avait devancé Norbert Zongo et ses trois compagnons d'infortune. Hasard du destin ? Ou début d'application de la justice divine ?
MNZ



20/01/2010
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