Le CDP dans la turbulence

 

La direction politique du CDP a inscrit les questions soulevées par les contestataires de l'ex-CNPP à l'ordre du jour de la réunion qu'elle a convoquée pour le jeudi 22 mai dernier. Mais les débats n'ont pas eu lieu sur les problèmes de fond. Les questions de procédure ont cependant donné lieu à des échanges très vifs. Un mémorandum a été annoncé par les contestataires dans lequel ces derniers s'efforceront de mieux argumenter leurs positions. Une réunion du Bureau exécutif national (BEN) est prévue autour de ce document dans deux semaines.

Le CDP pourra-t-il supporter un débat de fond à un moment où le grand sachem, Blaise Compaoré lui-même travaille à s'en débarrasser ? Telle est la question que nous avons posée dans le n° 139 de L'Evénement du 10 mai dernier. Comme en écho à cette interrogation, une réunion du bureau exécutif national a été convoquée le jeudi 22 mai. La surprise est plutôt venue du camp des contestataires qui, selon nos sources, auraient curieusement refusé d'affronter le débat au fond. Invités à s'expliquer, Pierre Tapsoba et ses camarades ont soulevé des questions de forme. Le document d'interpellation adressé au président du parti porte six signatures qui ne sont pas toutes de l'instance exécutive du parti. S'il faut en discuter, mieux vaut que ce soit avec les six. Il serait donc préférable, selon eux, qu'une délégation du BEN les rencontre. Cette approche n'empêche pas que les trois membres du BEN répondent des griefs formulés au sein de l'instance à laquelle ils relèvent, même s'ils les partagent avec d'autres, leur aurait-on rétorqué. L'esprit de parti commandait que les trois membres du BEN expriment leur mécontentement au sein de cette instance où ils siègent à côté d'autres camarades habilités à apporter des réponses à leurs préoccupations. Ils ne l'ont pas fait et ont préféré aller exprimer leurs divergences dans la presse d'où ils menacent même de constituer désormais une faction au sein du parti. "Nous avons rétorqué que nous étions pour la liberté de la presse et que tant que la presse s'intéressait à nous, nous ne refuserions pas de lui parler", nous explique un des mis en cause. Et de poursuivre : "nous avons toujours eu le courage d'assumer nos positions. Ce n'est pas parce que quelqu'un ferait planer une menace sur notre tête que nous nous renierons." Concernant le document rendu public, Marc Yao avait dit dans l'entretien avec L'Evénement que ce n'est pas eux qui l'ont remis à la presse. Il va falloir donc abandonner ce grief pour aller à l'essentiel, c'est-à-dire les problèmes de fond soulevés dans le document. Et sur ce point, les ex-CNPPistes ne sont pas seuls à reprocher aux dirigeants du parti leur comportement sectaire. Nous avons voulu savoir ce que pensaient les militants du CDP. Qu'ils soient responsables de structures de base ou simples militants, nombreux sont ceux qui n'approuvent pas la gestion des hommes par l'actuelle équipe dirigeante. Il est reproché à chaque haut responsable de pratiquer du clientélisme au mépris des règles qui régissent le parti. Le phénomène semble revêtir une grande ampleur comme en témoigne du reste l'attitude de certains à la dernière réunion du BEN qui demandaient ni plus ni moins que les auteurs du document soient exclus du parti. Pas si vite auraient répondu ceux qui prônent une attitude de sagesse et qui pensent qu'il faut mener le débat jusqu'au bout et en tirer les conséquences. Lesquelles ? Cela dépendra de l'évolution du débat et surtout de l'attitude des uns et des autres. En tout état de cause, la solution de l'exclusion ne peut être écartée, laisse-t-on entendre. Mais Roch Marc Christian peut-il prendre le risque d'aller à cette extrémité ? A- t-il la légitimité nécessaire pour le faire ? Comme nous l'avons déjà dit, la source de la légitimité au CDP, c'est Blaise. Personne ne doit se tromper là-dessus. On l'a vu avec le beau père Tahéré qui, malgré la faute lourde dont il s'est rendu coupable, on n'a pas pu l'exclure. Mieux, il est revenu plus fort que jamais et a été placé sur instruction de la famille dans la liste nationale du CDP aux dernières législatives. Pour sauver les apparences, il a fallu déposer une autocritique. Un acte formel qui a été du reste suggéré. Peut-il en être autrement pour les trois mousquetaires ? A condition que Blaise marche dans le coup. Ce qui n'est pas évident à l'allure où vont les choses. En attendant, la seule alternative c'est le débat. Pour une fois, il y a des chances que des contestataires mènent un débat sérieux à l'interne sans risquer des foudres politiques et administratives. Si les figures de proue de la contestation que sont Marc Yao, Moussa Boly et Pierre Tapsoba sont des retraités, il ne faut pas oublier que leurs partisans sont là et ils sont jeunes. Et ceux-là pourraient craindre des représailles. Mais dans l'ambiance du moment, on peut oser sans crainte. A condition d'être dans le bon courant. D'ailleurs, selon toute vraisemblance, la contestation risque de déborder les frontières de l'ancienne CNPP car les frustrés du CDP sont très nombreux. Le 22 mai dernier, à la réunion du bureau exécutif, on aurait retrouvé l'ambiance des débats comme au bon vieux temps des groupuscules. La discussion au fond a été remise et certains n'hésitent pas à dire qu'ils iront casser du réactionnaire. Ni plus ni moins. Non sans appréhension tout de même. Parce que de l'autre côté, il y a Marc Yao, le grand frère comme ils disent, perçu comme un polémiste redoutable qui possède une culture politique solide. Dim Salif s'en souviendra, dit-on, toute sa vie, lui qui aurait eu l'imprudence à une autre occasion de se frotter à lui. Il ne faut pas non plus mettre trop vite au rancart le doyen Pierre Tapsoba qui, même si avec condescendance, certains le tiennent pour un fieffé réactionnaire, pourrait faire mal. Les Burkinabè l'ont vu tenir la dragée haute à Blaise du temps de la splendeur de la CNPP. Il reste que le débat va se mener sur des faits et non sur des bla bla théoriques. Marc Yao rappelle malignement à ses contempteurs internes : "Contrairement à ce que d'aucuns pensent, ce n'est pas nous qui avons rejoint l'ODPMT. En réalité, après la chute du mur de Berlin et donc du communisme, ce parti était désemparé. Il n'avait plus d'autres repères que la social-démocratie, ce d'autant plus qu'en 1990, François Mitterrand avait conditionné son aide aux nouveaux Etats indépendants à leur degré d'ouverture démocratique." On a donc en arrière fond de ce débat, la question de la légitimité idéologique que chaque camp revendique pour se prévaloir de positions fortes au sein du parti. Et dans ce jeu, le courant porté par les Marc Yao pourrait bien se trouver dans une position de force s'il sait opérer un rapprochement tactique vers la FEDAP/BC. Sans préjuger de la position des autres sur la question, le point de vue de Marc Yao semble avoir choisi son camp : "Sur la naissance de la FEDAP, ma position est qu'on ne peut empêcher personne de soutenir le président. D'ailleurs au regard de ce qui se passe actuellement au CDP, ce n'est que dans la logique des choses. Beaucoup veulent soutenir Blaise Compaoré sans être esclaves d'un parti. C'est leur droit le plus absolu. Je ne crois pas que la FEDAP ait pour ambition de faire tomber le CDP. Elle n'y a aucun intérêt. Ma conviction est que le CDP n'est pas menacé. Il le serait si la lutte était menée par un parti d'opposition." Cette conjonction de facteurs handicapent lourdement les adversaires du courant CNPP qui peut s'installer dans un jeu de bascule qui mettrait Roch et ses partisans dans l'embarras. Rendez-vous donc dans deux semaines pour voir de quoi les débats auront accouché. Ce serait aussi l'occasion de jauger la situation morale au sein du CDP. En attendant, la base assiste passivement à ce qui passe, à ses yeux, pour être une querelle de grands. Quand les éléphants se battent, dit-on, c'est l'herbe qui en pâtit. Il faut donc en toute sagesse s'éloigner de l'arène pour ne pas pâtir des effets collatéraux

 

Germain Bitiou Nama



11/06/2008
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