Diplômés ès superstitions

 

Dans un quartier de Moscou sera inauguré fin juin un monument dédié aux superstitions estudiantines. A quels rituels, plus ou moins absurdes, les chers candidats aux examens ne sont-ils en effet pas prêts à se soumettre pour obtenir le fameux 5 ?

Pour la Journée de la jeunesse, qui sera célébrée en Russie le 27 juin, un monument dédié aux superstitions estudiantines sera inauguré dans le parc du 850e anniversaire de Moscou, à Marino, dans le sud-est de la capitale. Il aura la forme d'une pièce de 5 kopeks (de 1978) géante, et sera construit en granit rose. [Le système de notation russe est gradué de 1 à 5, le 5 étant la meilleure note. Le mot piatiorka, ou familièrement piatak, c'est-à-dire "5", désigne à la fois la note et la pièce de monnaie.]

Avant d'opter pour ce symbole-là, la mairie avait examiné plusieurs autres possibilités, dont celle d'ériger un carnet de notes en bronze qui aurait attiré les 5. L'usage d'ouvrir son carnet au crépuscule et de demander à la bonne note de tomber du ciel est apparu dans les années 1990, mais commence aujourd'hui à disparaître. En revanche, la tradition soviétique qui voulait qu'une pièce de 5 kopeks placée par le futur diplômé dans l'une de ses chaussures lui porte chance est encore largement respectée. D'après les étudiants, cette méthode de grand-père marche à tous les coups. C'est cette popularité intacte qui a décidé du choix du monument.

Presque terminé, il se présente sous la forme d'une pièce d'un mètre de diamètre. Les étudiants sont censés se placer en son centre et demander le plus possible de 5 à leurs examens. Il reste à terminer de graver les noms des 104 établissements d'enseignement supérieur de la capitale, ce qui sera fait juste pour la fin de la session d'été. Des souliers et des escarpins de bronze seront aussi disposés entre les sigles. Pour mettre la réussite de leur côté, les étudiants devront se tenir les deux pieds sur la pièce et toucher l'une de ces chaussures, tout en pensant très fort au numéro de la question à tirer au sort qu'ils veulent voir sortir (la seule pour laquelle ils connaissent la réponse par cœur…).

Cette nouvelle cérémonie ne risque toutefois pas de reléguer aux oubliettes les autres superstitions estudiantines. Les jeunes Moscovites se sentiront toujours obligés, à la veille des examens, de s'arrêter à la station de métro Place de la Révolution afin d'aller caresser la truffe du chien du garde-frontière [l'une des sculptures qui ornent la station ; polie par toutes ces mains, la truffe du berger allemand porte la marque de décennies d'usage].

Pendant les révisions, ils prendront garde de ne jamais abandonner leurs classeurs ouverts, et, en se couchant, ils vont continuer à mettre leurs manuels sous leurs oreillers pour que la "science" leur "entre dans la tête". Il est d'ailleurs déconseillé de se laver les cheveux avant les examens. Ou, du moins, il faut faire attention : les scientifiques ne doivent pas laver la moitié gauche, car l'hémisphère gauche du cerveau est en charge des sciences exactes, tandis que les littéraires ne doivent pas laver la moitié droite, qui correspond à leur spécialité.

Il ne faudrait tout de même pas négliger de bien apprendre ses cours, car cela reste la meilleure façon de réussir ses examens et d'obtenir le fameux 5. A moins qu'il ne s'agisse là d'une superstition inventée par les profs ?


Bogdan Stepovoï



14/06/2008
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