La presbytie,* maladie des présidents africains

Au plus fort de la crise togolaise consécutive à la succession dynastique de Faure Gnassingbé, Mamadou Tandja avait été pour un temps le porte-parole de la CEDEAO pour signifier aux putschistes togolais tout le mal que cette façon de faire causait aux principes de l'organisation sous-régionale. C'est vrai qu'à l'époque, il ne s'était pas foulé la rate, préférant laisser sa ministre des Affaires étrangères seule sous les feux de la rampe. Mijotait-il déjà le coup d'Etat constitutionnel qu'il vient de perpétrer contre les institutions de son pays ? On peut le croire avec le recul du temps, tant son obstination à se maintenir au pouvoir envers et contre tous est frappante. Il est clair aujourd'hui que l'homme avait été contraint de faire de la médiation par procuration, son pays assurant la présidence de la CEDEAO au moment des faits. Oumarou Yaradoua, président du plus grand pays africain au sud du Sahara est aussi le président en exercice de la CEDEAO. Il a été chargé par ses pairs de faire la médiation au Niger. Ses premiers pas n'ayant pas été couronnés de succès, il a au nom de l'organisation sorti le gourdin pour rappeler à l'Etat nigérien que l'indiscipline ne saurait être tolérée. C'est une fermeté qui mérite d'être saluée. Ne pas le faire revient à accepter de s'accommoder avec des aventuriers politiques qui n'ont aucun respect pour le droit des peuples. Il est cependant difficile d'oublier que le même Yaradoua est arrivé au pouvoir dans des conditions calamiteuses, où le droit de suffrage du peuple nigérian avait été singulièrement malmené avec la bienveillance de son parrain Obasanjo, le président sortant. Pour beaucoup, Oumarou Yaradoua est l'homme d'Obasanjo, sans lequel il n'aurait peut-être jamais été élu.

Que dire de Monsieur Blaise, médiateur quasi universel, qui vient d'être catapulté en Guinée pour une médiation ? Notre président est le médiateur officiel ou occulte dans toutes les crises qui ont frappé les pays de la sous-région : Togo, Côte-D'ivoire, Mali et Niger pendant la crise touarègue, Libéria, Sierra-Léone. On est heureux pour les peuples de ces pays, pour autant que ces médiations ont pu leur apporter un peu de stabilité et de paix. La paix est une ressource inestimable pour les nations. C'est pourquoi il faut souhaiter que les alternatives de sortie de crise soumises aux peuples ne soient pas des mirages. Et c'est justement pourquoi nous devons interpeller Blaise Compaoré sur la situation dans son propre pays. Au Burkina, nous ne sommes pas dans le scénario guinéen, mais on est en droit de s'interroger pourquoi tant de ferveur généreuse quand il s'agit des autres, alors que chez nous, le contentieux humain est loin d'avoir été apuré. En ce mois d'octobre où le Burkina célèbre le 22ème anniversaire de la disparition brutale de Tom Sank, la vérité sur sa mort est toujours attendue. De même, on ne connaît toujours pas les assassins de Norbert Zongo, non pas parce que l'enquête est particulièrement difficile, mais bien parce que l'on cache la vérité sur les commanditaires et les exécutants. Nous retenons ces deux exemples, parce qu'ils sont les icônes dans la longue liste des victimes du régime Compaoré. A quoi sert-il de passer pour un médiateur universel quand on se refuse à laver en famille le linge tâché de sang ? Quoiqu'on dise, le peuple burkinabè est un peuple fort, capable de pardon. A condition qu'il comprenne ce qu'on lui demande de pardonner. Beaucoup ont envie de faire le deuil de leurs chers disparus. Comment le faire, si l'on s'obstine à vouloir envelopper les faits d'un voile de silence. Il restera comme une tâche noire dans la saga panafricaine de notre président, s'il ne s'avise à régler pour de bon et pendant qu'il est temps, le contentieux des droits humains qui continue de peser lourd dans le climat social du pays. Nos chefs d'Etat ressembleront à des bouffons de cirque aussi longtemps qu'ils laisseront persister des contradictions entre les actes de gouvernance interne et l'image qu'ils se donnent d'eux à l'extérieur. Le jury du prix Mo Ibrahim qui récompense les anciens chefs d'Etat pour l'exemplarité de leur gouvernance n'a décerné aucun prix cette année, faute de candidat méritant. 2 500 000 dollars pour le prix et une "rente viagère" mensuelle de 200 000 dollars, c'est quand même une bonne sécurité sociale pour susciter des émules en matière de bonne gouvernance. Blaise gagnerait plutôt à y penser très sérieusement.

" presbytie : pour signifier que nos chefs d'Etat voient mieux ce qui est dehors que ce qui est dedans sous leur nez. GNB



28/11/2009
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