La leçon de déontologie de tanti Béa

Comme vœu de nouvel an, tanti Béa, la présidente du Conseil Supérieur de la Communication (CSC), a jugé bon de tancer ses ouailles pour manquement grave à leur devoir de "responsabilité sociale". Ce qui a fâché tanti, c'est le traitement que "certains" journaux ont fait du rapport de l'ONU sur la violation de l'embargo sur les armes en Côte d'Ivoire. Elle conseille aux journaux de faire attention "à certaines sources". Seulement ici, il s'agit d'une source onusienne, bien identifiée. Il est donc difficile de la mettre en cause. Le problème serait plutôt l'information en elle-même. Et sur cette question, le CSC a lui-même sûrement besoin d'une petite formation de maîtrise de ses nerfs. A chaque fois que les journaux évoquent un sujet qui met le gouvernement en difficulté, le CSC se croit obligé de monter au créneau pour jouer à la mouche du coche. Nous l'avions vu avec les articles sur la santé du président courant 2008 quand le madré Luc Adolphe Tiao avait cru de son devoir de remonter les bretelles aux journaux qui en avaient parlé.
Cette fois encore, sur la question de la violation de l'embargo sur les armes en Côte d'Ivoire, le CSC pense qu'il faut rappeler à l'ordre ceux qui en ont parlé. En oubliant le proverbe qui conseille que "personne n'est coupable d'avoir parlé. C'est à celui qui écoute de savoir en faire son profit". Le rapport de l'ONU a été publié en septembre 2009. Les ambassadeurs des pays épinglés ont eu des séances de travail avec la commission en marge des travaux de la session annuelle de l'ONU. Notre pays qui savait que le rapport contenait des informations qui ne lui sont pas favorables n'a rien fait officiellement pour s'en démarquer et ne semble pas avoir entrepris des actions pour s'informer davantage sur l'utilisation de son territoire comme plaque tournante d'un trafic criminel. Dans cette affaire donc, tanti Béa s'est trompée de "coupable". Ce ne sont pas les journalistes qui sont coupables d'avoir exploité une "fausse source" d'information, c'est le gouvernement qui est coupable de n'avoir pas offert une autre alternative en matière de source d'information. Mais qu'à cela ne tienne. Qu'est-ce que le gouvernement a fait depuis la publication de cette information ? Madame la ministre déléguée chargée de la Coopération régionale a été interpellée par les députés, mais il reste que ce n'est pas une initiative du gouvernement.

Par ailleurs, qu'est-ce qui est fait pour démanteler et arrêter le trafic ? Est-ce que quelque chose est fait actuellement ? C'est cela qui devrait préoccuper la présidente plutôt que de vouloir faire porter le chapeau aux scribouillards. Le communiqué du CSC évoque à juste titre "les sources d'information à libre accès", pour nous inviter au discernement. Ce n'est sans doute pas faux, mais c'est justement parce que les sources sont libres d'accès, qu'il est illusoire de vouloir tenir les journalistes locaux en laisse. Que par le fait de la discutable "responsabilité sociale du journaliste", nous en venions à nous censurer, n'empêchera pas d'autres presses et d'autres médias d'en parler. Il faut même dire que notre responsabilité sociale première est d'informer le public burkinabè sur ce qui peut le toucher.
Dans cette affaire de la violation de l'embargo sur les armes en destination de la Côte d'Ivoire, le gouvernement burkinabè n'est pas mis en cause pour le moment. Mais qu'en sera-t-il si la violation devait continuer ? Si les trafiquants devraient continuer à brouiller les pistes en effaçant les numéros de série des armes et des minutions ?
En droite ligne de cette préoccupation, les experts de l'ONU tirent les conclusions suivantes qui devraient inquiéter notre gouvernement à propos de la suppression des numéros de série sur les armes : "…ces observations indiquent que la suppression des numéros de série a été très sélective, puisqu'elle ne concerne que les armes de type Kalachnikov des Forces nouvelles, et en aucun cas les armes dont la présence en Côte d'Ivoire était connue avant l'embargo. Le Groupe conclut que si elles avaient acquis ces armes au détail sur le marché noir régional, les Forces nouvelles n'auraient guère eu de raisons d'éliminer les numéros de série et certainement aucune de le faire aussi complètement et systématiquement. En revanche, l'implication d'un État, dont les propres armes risquaient d'être retrouvées dans les documents de transfert, est l'explication la plus plausible de la suppression des numéros de série - que l'auteur en soit l'État en question ou les Forces nouvelles agissant sur son ordre". Après cette conclusion l'Etat burkinabè ne s'empresse pas de démanteler ce trafic, bientôt il sera vu comme l'Etat "dont les propres armes risquaient d'être retrouvées dans les documents de transfert…" Tanti Béa, c'est aux autorités qu'il faut plutôt tirer les oreilles pour qu'elles changent. Nab



20/01/2010
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