La crise des ordures à Naples a des relents politiques

 La ville de Naples, située au sud de l'Italie, est noyée sous les ordures. En effet, depuis des semaines, les déchets ne sont plus ramassés dans les rues. Face à cette situation, le Premier ministre italien Romano Prodi souhaite désormais l'intervention de l'armée. Diena (Lettonie) Aivars Ozolins estime que la crise des déchets symbolise la faiblesse de l'Etat italien. "L'Italie n'est pas un quelconque pays de l'UE. Elle fait partie des six Etats fondateurs de la CECA [Communauté européenne du charbon et de l'acier], qui a jeté les bases de la Communauté européenne. En 1987, l'économie italienne affichait encore des performances comparables à celles de la Grande-Bretagne. L'Italie est désormais dépassée par l'Espagne, qui n'a rejoint les rangs de l'UE qu'en 1986. (...) On pense que c'est la mafia qui est à l'origine de la crise actuelle, en faisant chanter les autorités afin de recevoir plus d'argent au titre de la collecte et du traitement des déchets. Toutefois, cette crise est également révélatrice de la faiblesse du gouvernement central et du système politique italien dans son ensemble." Helsingin sanomat (Finlande) Le quotidien finlandais estime que le problème napolitain est bien loin d'être isolé. Chacun souhaite la collecte et le traitement des déchets, mais personne ne veut de décharge ou d'incinérateur près de chez lui. "Les protestations des riverains ne représentent qu'une partie du problème. L'administration et les politiciens sont les principaux fautifs : ils ne sont pas capables de se débarrasser de la Camorra [la mafia napolitaine], qui a la mainmise de la gestion des ordures à Naples. (...) Le gouvernement a tenu une réunion de crise et décidé de mettre en place des mesures radicales pour résoudre le problème. Mais cette position est-elle crédible ? Il aurait fallu agir beaucoup plus tôt." Corriere della Sera (Italie) Le journaliste et écrivain italien Pierluigi Battisti estime que la crise des ordures à Naples pourrait marquer la fin de la 'Seconde République'. Ce terme est utilisé pour désigner la période politique qui a débuté voilà quinze ans avec l'introduction su suffrage majoritaire. "Ensevelie sous une montagne de déchets, gît la dépouille de la Seconde République (...). Le rêve brisé du 'grand changement' déverse ses scories dans la décharge de la honte. Enterrée dans le chaos et dans les flammes de la révolte de Naples, l'Italie de la Seconde République prend la forme d'une accumulation d'ordures que les télévisions du monde entier transmettent en boucle comme symbole humiliant de notre pays. On est loin d'une Renaissance italienne (...). L'incendie allumé à Naples est comme un gigantesque bûcher des vanités". Frankfurter Allgemeine Zeitung (Allemagne) Tobias Piller décrit la manière dont a évolué au fil des années la crise des déchets à Naples. "Le président de la région [de Campanie], Antonio Bassolino, et son prédécesseur Andrea Losco ont fait preuve de génie en concevant un système de séparation des déchets pour Naples et ses environs. En 2000, sans appel d'offre officiel et sous les bravos des personnalités au pouvoir, environ 2 400 éboueurs furent embauchés pour collecter les déchets triés et 65 millions d'euros furent investis dans des équipements et des camions. Depuis, les camions ont disparu. Les éboueurs admettent volontiers qu'ils touchent un salaire depuis 2000, alors qu'ils n'ont pas ramassé un seul kilo d'ordures. (...) La crise pourrait donc être une bénédiction pour les personnes qui tirent les ficelles. Si le problème est supposé trouver une issue rapide, il est beaucoup plus facile d'éviter les appels d'offres transparents pour privilégier les partenaires commerciaux et ses amis politiques."



10/01/2008
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