Investiture d'Obama, Ne restons pas sur la marge !

 Rarement président américain n'a autant provoqué un tel engouement planétaire. L'investiture de Barack Hussein Obama a drainé à Washington deux millions de personnes, c'est-à-dire à peu près quatre fois la population de la capitale des Etats-Unis qui en compterait 600 000. C'est une première dans l'histoire des investitures américaines. Jamais l'Amérique n'a vu en une occasion semblable un tel déferlement d'hommes et de femmes de toutes races et religions. La précision est d'importance, quand on connaît le long passé douloureux de ce pays marqué par la traite négrière et l'immonde ségrégation raciale. Pendant au moins deux heures d'horloge, le monde entier s'était arrêté pour ne rien manquer de cette séquence inédite de l'histoire mondiale. Barack Obama s'est révélé à l'Amérique et au monde certes grâce à ses qualités exceptionnelles d'homme politique mais grâce aussi à son charisme tout aussi exceptionnel qu'il a su exploiter avec talent pour se hisser au sommet de l'Etat le plus puissant du monde. Mais l'ascension d'Obama c'est avant tout la force des institutions démocratiques et l'extraordinaire dynamisme du peuple américain. Après avoir fait montre de génie dans l'arène électorale, Obama président doit à présent faire face à l'immense espoir que la planète entière place en lui. Dans son discours d'investiture, il a esquissé quelques repères qui sont du reste des rappels de ses engagements de campagne. Il faut espérer qu'il se mette à la tâche avec la détermination qu'on lui connaît. Mais attention, le succès ne dépend pas seulement de lui. Il ne suffira pas pour les citoyens du monde que nous sommes, de prendre date et de se retrouver à l'heure des bilans pour compter les points. Chaque Américain devra se mettre à la tâche dans le rôle qui incombe à chacun dans l'œuvre titanesque de redressement national. Le Yes we can n'est pas un show solitaire d'un président volontaire aussi puissant soit-il, mais un appel pour un engagement collectif responsable des Américains d'abord ; mais aussi, des citoyens du monde, en faveur d'un monde meilleur.

Et puisque l'Amérique nous fascine, nous devons interroger notre propre processus démocratique, afin d'en conforter les acquis mais aussi pour en éliminer les aléas ou encore surmonter les insuffisances. Au soir du triomphe d'Obama sur Cain, un président africain avait déclaré sur une radio internationale avoir pleuré de joie. J'avoue que cet aveu m'a quelque peu rassuré car j'en étais arrivé à l'idée que nos dirigeants n'étaient pas des hommes comme nous, c'est-à-dire des êtres de sentiments et d'émotions. Mais une fois passé ce moment de trouble, je me suis demandé qu'est-ce qui dans l'élection d'Obama, pouvait provoquer des larmes chez un chef d'Etat africain. Certes, il y a une forte charge symbolique dans l'avènement d'un Noir américain à la plus haute fonction politique, au regard de ce qu'a été l'histoire du peuple noir. Mais voici près de cinquante ans que nos princes africains ont rendez-vous avec l'histoire. Cinquante ans d'un rendez-vous manqué, alors que leurs peuples voyaient en eux autant d'Obama. Qu'ils n'aient pas pu répondre aux attentes peut à la limite se comprendre, car l'incapacité n'est pas en soi un crime. Mais persister dans l'incapacité est une bêtise qui, à la longue, devient un crime. Nos princes sont-ils capables de comprendre la leçon américaine ? Georges Walker Bush est sorti de scène de la plus belle manière. Les Américains le tenaient pourtant pour le président le plus impopulaire de leur histoire récente. Il a passé le témoin à son successeur et quitté la Maison Blanche après l'investiture de ce dernier. On retiendra l'image du cadeau que le couple Obama a offert à Bush et à son épouse. On retiendra plus encore sa posture héroïque pendant le discours d'investiture, alors même qu'on était en train de clouer au pilori sa politique. On nous dira que nous ne sommes pas en Afrique. Soit. Mais au Ghana, nous avons assisté à une belle transition au terme de deux mandats présidentiels accomplis par le président sortant, conformément à la règle établie par la Constitution ghanéenne. Les Burkinabè aspirent aussi à une passation pacifique du pouvoir au terme de compétitions électorales non pipées. Ils souhaitent l'avènement de cadres politiques qui favorisent l'émergence des meilleurs d'entre eux comme c'est le cas dans les pays réellement démocratiques. Obama a pu dire que son histoire personnelle n'est possible qu'en Amérique. Mais si l'exception américaine est aujourd'hui admirée partout dans le monde et particulièrement chez nous, pourquoi devrons-nous demeurer sur la marge ? S'il y a une chose que nous pouvons copier chez les Américains, c'est leur ouverture démocratique. Alors, faisons-le sans honte. Germain Nama http://www.evenement-bf.net/pages/edito_156.htm



02/02/2009
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