Etats-Unis : le dernier vol du "canard boiteux"

 

George W. Bush a entamé, mardi 10 juin, sa dernière visite officielle en Europe. Une semaine de gesticulations diplomatiques qui risquent fort de passer inaperçues, estime The Washington Post.

En novembre 2003, la visite du président Bush au Royaume-Uni avait fait descendre plus de 100 000 personnes dans les rues de Londres, la plus grande manifestation jamais organisée dans la capitale anglaise un jour de semaine. Mais, quand le président américain arrivera cette semaine à Londres, ils seront probablement plus proches de la centaine d'opposants que de la centaine de milliers à exprimer leur hostilité.

Il devrait d'ailleurs en aller de même à toutes les étapes de ce qui pourrait être la dernière tournée européenne du président Bush. Naturellement, il recevra un accueil chaleureux dans toutes les chancelleries et palais européens. Angela Merkel, Silvio Berlusconi, Nicolas Sarkozy et Gordon Brown sont tous d'ardents défenseurs de l'Alliance atlantique. Cela ne veut pas dire pour autant que l'Europe s'est réconciliée avec Bush. Et l'absence de vastes manifestations n'est en aucun cas un signe d'approbation de la politique américaine. Tout cela ne reflète que la fin du président Bush, et donc de l'hostilité qu'il suscite.

Les grandes manifestations qui accompagnaient systématiquement les visites de Bush en Europe étaient une sorte de reconnaissance de son pouvoir, l'hommage involontaire fait au potentat par la rage impuissante. L'ampleur de ces mobilisations attestait de son statut d'homme le plus puissant de la planète. Aujourd'hui, l'indifférence qui entoure sa dernière visite renforce le crépuscule du président américain, qui pourrait se dire en paraphrasant Oscar Wilde qu'il est moins grave d'avoir trop d'ennemis que de pas en avoir du tout.

Les passionnantes primaires américaines ne suffisent pas à elles seules à expliquer l'apaisement des opinions publiques européennes. L'une des principales causes de l'exaspération des Européens était de voir que les Américains ne se rendaient pas compte d'une chose pourtant évidente à leurs yeux, à savoir que George W. Bush était un imbécile. Certains Européens pensaient que, en se mobilisant massivement, les Américains finiraient bien par comprendre. Mais, maintenant que les deux tiers des Américains désapprouvent la politique de Bush, la frustration des Européens a disparu.

Autre élément important, pendant son second mandat, Bush a nettement baissé le ton sur la scène politique internationale. Aucun nouveau pays n'a été envahi, et le gouvernement américain a fait beaucoup plus d'efforts pour se rapprocher des organisations internationales. Il reste cependant toujours aussi désespérant de voir que les bonnes nouvelles en provenance d'Irak sont considérées comme de mauvaises nouvelles par certains Européens profondément antiaméricains. Ces derniers ne se réjouissent que des difficultés rencontrées là-bas par les "boys" et espèrent que ces "ignorants d'Américains" retiendront la leçon. Le thème de l'Irak a d'ailleurs largement disparu des médias européens depuis que l'envoi de renforts américains porte ses fruits.

Paradoxalement, le très détesté George W. Bush a fait un cadeau à son successeur. Le simple fait de pas être George W. Bush jouera incontestablement en faveur du prochain président américain. Celui-ci n'aura même pas besoin de faire le premier pas vers les dirigeants européens. Avant même d'entrer à la Maison-Blanche, le 20 janvier 2009, il sera invité par tous les présidents, chanceliers et Premiers ministres d'Europe, qui rivaliseront pour se faire photographier le premier avec le 44e président des Etats-Unis.

Le nouveau président, quel qu'il soit, marquera quelques points faciles avec l'Europe. McCain comme Obama ont promis de fermer la prison militaire de Guantanamo, d'interdire la torture et d'accepter le principe d'une action concertée au niveau mondial pour lutter contre le réchauffement climatique. De quoi inciter bon nombre d'Européens à retourner dans le camp proaméricain.

Et, même lorsque la lune de miel initiale sera terminée, le prochain président américain entretiendra toujours une meilleure relation avec l'Europe que son prédécesseur. Dans les prochaines années, il sera en effet bien commode de rejeter la faute des turbulences transatlantiques sur les ex-dirigeants comme Bush, Chirac et Schroeder, qui tous portent une part de responsabilité.

James Forsyth
The Washington Post



11/06/2008
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