Elections américaines : Le paradoxe John McCain

Plus va-t-en-guerre que George W. Bush, le sénateur de l'Arizona a réussi à se hisser en tête de la course à l'investiture républicaine grâce au soutien des électeurs indépendants farouchement opposés à la guerre en Irak.

John McCain restera probablement dans les annales de l'Histoire comme le premier candidat républicain à avoir su tirer son épingle du jeu sans rallier une majorité de militants républicains lors des premières primaires.

Le 29 janvier dernier, le sénateur de l'Arizona a réussi à remporter la primaire de Floride en étant à égalité avec Mitt Romney auprès des militants républicains, mais en obtenant deux fois plus de voix chez les électeurs indépendants. Et c'est cette même stratégie – être au coude-à-coude auprès des électeurs républicains mais capter une large majorité des électeurs indépendants – qui a permis à John McCain de remporter les primaires du New Hampshire et de Caroline du Sud et de se placer en position de favori à la veille du Super Tuesday [le 5 février].

On comprend facilement ce qui plaît aux électeurs indépendants chez John McCain. C'est le genre d'homme qui fait passer sa patrie avant son parti, qui parle franc et joue volontiers les trouble-fête dans les rangs républicains sur les questions de la réforme du financement des campagnes ou du réchauffement climatique.

Cette alliance entre l'électorat indépendant et le candidat McCain a pourtant quelque chose de contre-nature. Les électeurs indépendants sont fermement opposés à la guerre en Irak alors que McCain envisage de se battre dans ce pays pendant encore cent ans. Le plus faucon des candidats est donc en passe de remporter l'investiture républicaine de 2008 grâce au vote des antiguerre.

Un sondage du Los Angeles Times, publié en janvier dernier, révèle que 66 % des électeurs indépendants souhaitent un retrait total des forces américaines d'Irak dans les douze mois à venir, alors que McCain a déclaré le même mois que les troupes américaines pourraient se maintenir dans ce pays encore une centaine d'années. Le candidat républicain ne comprend toujours pas en quoi cela ne serait pas forcément une bonne idée. "Je ne vois pas où est le problème !" a-t-il lancé récemment à des journalistes. "Qui se demande combien de temps nous allons encore rester en Corée ?"

Et pourtant, McCain a séduit nombre d'électeurs opposés à la guerre lors de la primaire du New Hampshire en raflant 44 % de leurs voix, contre 19 % pour Mitt Romney. Quant à Ron Paul, le seul candidat républicain véritablement opposé à la guerre, il n'a réussi à convaincre que 16 % des électeurs antiguerre. Et les trois candidats ont obtenu les mêmes résultats auprès des électeurs antiguerre dans le Michigan, même si c'est Mitt Romney qui a finalement remporté la primaire républicaine de cet Etat. Le même phénomène se vérifie également chez les électeurs hostiles à George W. Bush. En Floride, John McCain a obtenu 48 % des voix des électeurs se disant "mécontents" de l'actuel président, alors que Mitt Romney n'en a obtenu que 18 %.

Les plus fervents adversaires de la guerre soutiennent donc un futur commandant en chef des armées aux côtés duquel George W. Bush fait presque figure de pacifiste. Plus de trois ans avant que le gouvernement Bush ne mette au point sa doctrine de "guerre préventive", McCain, alors candidat à l'investiture républicaine pour les élections de 2000, avait dévoilé un projet intitulé Rogue State Rollback [refoulement des Etats voyous ], prévoyant de "fournir un soutien politique et matériel aux forces locales présentes à l'intérieur et à l'extérieur des Etats voyous" – notamment l'Irak, la Corée du Nord et la Serbie – "afin de renverser les régimes qui menacent nos intérêts et nos valeurs". Et si d'aventure ces "régimes odieux" avaient décidé de s'en prendre "aux combattants de la liberté", alors les Etats-Unis auraient eu le devoir de répliquer par la force. Lors de cette campagne électorale de 2000, McCain était bien le champion des néoconservateurs face à un George Bush qui apparaissait trop timoré sur les questions internationales.

McCain défend l'idée que la Corée du Nord doit être menacée de disparition et tout le monde se souvient de sa réponse chantée au problème iranien, "Bomb bomb bomb, bomb bomb Iran". Le candidat républicain a également soutenu une intervention militaire au Darfour et regretté publiquement l'absence de soldats américains au Rwanda. Il aime aussi donner de la voix face à Pékin ou à Moscou. Lors des bombardements américains au Kosovo en 1999, McCain avait ostensiblement suspendu sa campagne – préférant perdre une élection plutôt que de perdre une guerre – et avait forcé l'admiration des médias en soutenant l'intervention américaine tout en reprochant au président de ne pas envoyer davantage de troupes.

Ce caractère hautement va-t-en-guerre semble se transmettre de père en fils. Le père de John McCain, un amiral quatre étoiles, a toujours défendu la guerre du Vietnam et a prononcé quelques discours mémorables sur le rôle de la marine américaine dans la promotion de la démocratie. Son grand-père, un autre amiral quatre étoiles, vouait un véritable culte au grand interventionniste que fut le président Roosevelt. Selon l'historien (et conseiller informel de McCain) Niall Ferguson, s'il existe un camp impérialiste aux Etats-Unis, alors John McCain en est le chef incontesté.

Pourtant, trop de citoyens, séduits par l'indéniable charme du candidat, sont désormais convaincus que seuls des hommes détestables comme Bush et ses comparses sont capables de déclencher des guerres, mais pas "notre John". "Il sait ce que c'est que la guerre", écrivait récemment le Des Moines Register, l'un des quelque 17 000 journaux américains à avoir officiellement appelé à voter pour McCain depuis ces deux derniers mois, "cela devrait l'inciter à éviter d'en commencer une." Les électeurs tentés par ce raisonnement spécieux feraient bien de se rappeler une phrase célèbre prononcée par notre dernier président septuagénaire [Ronald Reagan ]: "Ayez confiance, mais vérifiez."


Matt Welch
Los Angeles Times



06/02/2008
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