CDP : accouchement difficile des commissaires régionaux

 Il a fallu plus d'un mois pour désigner les commissaires régionaux du CDP. Rien a changé, sauf que finalement Salif Diallo est présent sans l'être physiquement. Ceux qui dans l'ombre à Ouahigouya rêvaient de prendre sa place doivent remiser au placard leur prétention.

Sur les treize commissaires régionaux, il y a seulement deux nouveaux et un revenant. Un vieux briscard revenu des ombres à la lumière. Bognessan Arsène Yé est de retour au devant de la scène dans le parti et dans sa région. Il faut reconnaître à l'homme "de la morale agonise au Burkina Faso", des valeurs d'intégrité. Premier président de l'assemblée nationale de la IV e république, il a remarquablement géré les deniers de l'institution. Il a été victime des conséquences de la politique de "large rassemblement" de Blaise Compaoré avec la naissance du CDP. C'est d'ailleurs un des nouveaux "pacsé" de Blaise Compaoré, Marc Yao qui avait pris sa place, une décennie durant, aussi bien au sein du parti qu'au niveau régional. Yao Marc parti, le voilà de retour.
Deux nouveaux élus dans le cercle très envié des commissaires. Jean Bertin Ouédraogo pour la région du Centre-Sud et Yacouba BARRY pour la région du Nord. C'est surtout cette dernière nomination qui fait le plus supputer. Désigné en remplacement de Salif Diallo, son mentor, Yacouba Barry serait en vérité une sorte de régent chargé de garder au chaud sa place. Les premiers responsables du CDP ne pouvaient pas s'humilier en reconduisant Salif Diallo comme commissaire régional. Ils sont allés visiblement assez loin et se retrouvent quelque peu gros jean. Leur tâche est d'autan plus délicate que le sanctionné n'aurait pas jusque là fait son autocritique. Le vrai patron du CDP, Blaise Compaoré n'a pas montré qu'il tenait particulièrement à cette contrition. A l'occasion de leur entrevue à Kossyam, en marge de la réception donnée aux ambassadeurs burkinabè, Blaise Compaoré se serait dit-on contenté de lui dire " d'arrêter d'insulter les gens ". Sur le fond de l'interview, le président n'aurait rien dit, puisqu'il avait eu en mai la primeur de la nouvelle de la bouche de Salif Diallo lui-même.
La direction du CDP était donc bien embêtée. Comment continuer à marginaliser un camarade pour une opinion qui ne semble pas avoir blessé le principal destinataire? Parce que la réflexion de Salif Diallo s'adressait avant tout à Blaise Compaoré qui devrait accepter se dépouiller de certaines de ses prérogatives, pour avoir le droit de continuer son bail à la tête de l'Etat. A ses camarades, il avait juste demandé d'accepter le sacrifice d'une dissolution anticipée de l'assemblée nationale. Pour nombre de députés actuels du CDP, cela signifierait un "oneway ticket" (un aller simple), mais ceux là non pas voix au chapitre de toute façon.
Alors la situation devenait kafkaïenne. La direction n'a pas eu d'autre choix que de maintenir l'influence de Salif Diallo dans sa région à travers un de ses fidèles lieutenants. Un peu dans le scénario qui avait prévalu au remplacement de Salif Diallo au gouvernement où il avait été remplacé par une de ses lieutenants.
Le choix des commissaires régionaux devrait ouvrir le chemin à la campagne présidentielle. La CENI a déjà soumis son budget et devrait installer ses démembrements à partir de janvier 2010. Sauf si le retour annoncé de Salif Diallo devrait engendrer des chamboulements. Il n'est pas exclu que le président Blaise Compaoré se laisse tenter par les " idées personnelles " de Salif Diallo. Qu'est-ce qu'il a à perdre ? Pas grand-chose. Ensuite il donnerait l'impression d'être attentif aux recommandations du MAEP qui lui recommande justement de provoquer les états généraux de la démocratie, pour construire le processus burkinabè sur des bases consensuelles.
Salif Diallo ne dit pas autre chose lorsqu'il préconise qu'il faut trouver le moyen d'associer l'opposition à la réflexion et à la décision. Le CDP a-t-il voulu garder ses généraux dans la perspective de ce chamboulement ? On peut le penser, même si les usages dans ce parti sont en quelque sorte à la soviétisation des postes stratégiques. La majorité des commissaires régionaux sont en poste depuis deux décennies. Ils sont devenus des mandarins de leur région et ont contribué très souvent à dégarnir leur parti localement de ses éléments les plus vaillants. Heureusement que les dissidents restent pour l'essentiel dans la galaxie présidentielle. La confirmation de certains commissaires pourrait donc provoquer dans leur région d'origine un sentiment de désespoir. Le renouvellement du leadership local étant devenu presque impossible par le processus interne de la promotion des cadres, le CDP pourrait en souffrir. Parce que la confirmation du commissaire vaut aussi "assurance vie" pour ses fidèles dans la région et promesse de maintien aussi à leur poste. Si les législatives devraient être jumelées à la présidentielle après un large débat consensuel de la classe politique, cette soviétisation du CDP pourrait lui coûter un important électorat. Surtout si on adopte une proportionnelle au plus fort reste et que l'on supprime la province comme circonscription électorale.
Il faut peut-être croire qu'avec l'âge qu'il a, le CDP ne peut plus se refaire. Les postes sont chers et celui qui s'y installe s'incruste à mort, à l'image de feu Tou Ludovic. Dans le Houet, il y a eu l'exception. Mais de peu Thomas Sanou y prenait sa retraite.
Pas donc de grand changement avec les commissaires et probablement aussi le maintien des mêmes rapports aigres doux dans les régions avec la FEDAB/BC qui donne le sentiment, en ce moment d'être en retrait. Dans la catastrophe du 1er septembre on s'attendait à l'entendre plus fort comme à l'occasion de la mauvaise récolte de 2007 quand elle avait damé le pion au CDP dans la générosité. Elle s'est fait bien discrète cette fois, peut-être parce qu'il s'agit d'une initiative du président. Il ne faut pas lui faire ombrage.
Autre aspect en rapport avec la publication de la liste des commissaires, probablement un remaniement ministériel. Peut-être celui mainte fois annoncé ces derniers temps devrait enfin survenir. Jusque là les commissaires régionaux ont été propulsés à des postes de haute responsabilité. Quatre commissaires sont actuellement de simples députés. Ils devraient connaître une ascension politique plus importante. Il restera le cas de Jean Marc Palm. Son frangin, ministre des Sports a maille à partir avec presque tout le monde dans son ministère. Après Kouanda pour le soutien aux Etalons, on jase actuellement sur son absence à l'occasion du match retour Etalons/Eléphants du 5 septembre dernier. Un Palm va-t-il en chasser un autre ? Ce n'est pas impossible.
Salif Diallo reste maître chez lui. Ses camarades ne sont pas allés jusqu'à le reconduire. Mais ils n'ont pas pu non plus l'écarter. La solution qui semble arranger tout le monde est celle qui a prévalue. La région du Nord reste entre les mains des partisans de Salif Diallo. Si quelqu'un devrait se faire des soucis, c'est le naaba du Yatenga. Gorba est connu pour avoir la rancune morbide. Sauf si l'exil l'a changé.
Newton Ahmed Barry



03/10/2009
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