Banque mondiale : Un économiste en chef chinois ?

La nomination de Lin Yifu, très renommé en Chine, à un poste clé de la Banque mondiale serait imminente. Elle conforterait le rapprochement amorcé par le président Robert Zoellick avec les puissances économiques montantes.

La Banque mondiale s'apprête à nommer un économiste chinois à un poste à hautes responsabilités. C'est une décision qui ne manquera pas de renforcer ses relations avec Pékin et l'influence des pays en développement. Lin Yifu, alias Justin Lin [pour les Occidentaux], devrait occuper prochainement le poste d'économiste en chef de l'organisation, si l'on en croit des fonctionnaires de la Banque cités par des agences de presse et des journaux.

Le Pr Lin est l'un des plus éminents économistes de Chine. Il dirige un groupe de réflexion à l'université de Pékin et est conseiller auprès du gouvernement central. La nomination de cet économiste très respecté resserrera les liens entre Pékin et la Banque mondiale. Le Pr Lin deviendrait également le premier chef économiste de la Banque mondiale originaire d'un pays en développement. Les pays du tiers-monde verraient ainsi satisfaite l'une de leurs principales revendications, à savoir une meilleure représentation aux plus hauts niveaux de l'institution.

Le Pr Lin est l'auteur de nombreux écrits sur la famine en Chine durant le Grand Bond en avant du début des années 1960, qui a fait des dizaines de millions de victimes. Plus récemment, il a été la cheville ouvrière de la nouvelle politique de Pékin visant à redynamiser l'économie rurale. Mais il est également bien connu pour son extraordinaire parcours personnel : en 1979, alors qu'il était soldat, Lin a fui Taïwan - il était alord basé sur l'île extrêmement fortifiée de Kinmen, au large des côtes de Chine, près de la province de Fujian. Sa légende se nourrit du fait qu'il a nagé depuis Taïwan pour rejoindre le continent, comme il le racontera plus tard à ses amis.

La nomination du Pr Lin pourrait être annoncée dès cette semaine. Le ministère des Finances chinois s'attend à une décision prochaine du conseil d'administration de la Banque mondiale.

Depuis sa prise de fonctions, l'année dernière, le président de l'organisation, Robert Zoellick, a engagé un tournant stratégique en se rapprochant des économies émergentes comme la Chine, l'Inde et le Brésil. Une réorientation controversée, certains spécialistes du développement et dirigeants politiques estimant que priorité devrait plutôt être donnée aux pays les plus pauvres.
Mais, pour Zoellick, la Banque doit travailler avec des puissances montantes comme la Chine si elle veut s'attaquer sérieusement aux problèmes transnationaux comme le réchauffement climatique ou la propagation de maladies, et agir avec efficacité dans des régions comme l'Afrique et l'Amérique latine, où la Chine et, dans une moindre mesure, l'Inde investissent massivement.

Nombre d'experts en développement craignent que ces activités – qui manquent de transparence et, dans certains cas, créent de nouveaux fardeaux de la dette – ne minent les efforts des donateurs pour améliorer la bonne gouvernance et éviter un endettement insoutenable. A la tête de la Banque, Zoellick s'efforce, avec des résultats mitigés, de convaincre la Chine de coordonner son aide et ses investissements en Afrique avec l'institution et d'autres donateurs. Il a réussi un beau coup en décembre, lorsque Pékin a accepté pour la première fois de faire un don au fonds de la Banque mondiale pour les pays pauvres.

Richard McGregor et Krishna Guha
Financial Times



23/01/2008
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