Angleterre : quand les banquiers et leurs clients manquent d'information...

Depuis qu'ils ont appris que la banque britannique Northern Rock avait dû emprunter à la Banque d'Angleterre, les épargnants affolés retirent leur argent. Une panique provoquée par le manque d'informations sur les conséquences réelles de la crise du crédit immobilier née aux Etats-Unis.

Quel est le point commun entre une foule en colère faisant la queue devant une agence de la Northern Rock et un banquier refusant de faire crédit à un collègue d'une autre banque ? [Les clients de la huitième banque britannique ont retiré l'équivalent de 3 milliards d'euros, soit un douzième des dépôts, depuis que cet établissement spécialisé dans le crédit immobilier a fait appel d'urgence à la Banque d'Angleterre pour se refinancer, le 13 septembre. Son cours en Bourse s'est effondré, et elle semble condamnée à chercher un repreneur].

Réponse : les uns comme les autres incarnent le même problème qui affecte actuellement les marchés. Ils ont peur de se faire refiler un rossignol. Autrement dit, une marchandise défectueuse. Les rossignols ont été étudiés de près par George Akerlof, Prix Nobel d'économie 2001 [il parle de lemons, nom donné aux voitures en mauvais état). Examinant le marché des voitures d'occasion, il a mis en évidence un déséquilibre fondamental : les vendeurs et les concessionnaires savent si leur véhicule est de bonne ou de mauvaise qualité, tandis que les acheteurs l'ignorent. C'est ce que l'économiste américain appelle l'asymétrie d'information, le résultat étant que les voitures fiables doivent être vendues au rabais pour répondre à la crainte des acheteurs de se faire fourguer un rossignol.

L'asymétrie d'information est monnaie courante. Les supermarchés en savent davantage sur leurs produits que les consommateurs, les employeurs ne peuvent être sûrs que tel ou tel candidat possède bien toutes les qualifications dont il se targue. Mais la plupart des marchés s'efforcent de corriger ce déséquilibre. Les consommateurs sont protégés par l'Agence de sécurité sanitaire des aliments, et les diplômes sont certifiés. La réputation aussi entre en ligne de compte : les produits douteux sont discrètement rappelés par tout supermarché soucieux de son image. Quelle que soit sa forme, la garantie est un élément essentiel pour les acheteurs. Sans elle, les marchés peuvent se gripper.

C'est ce qui se passe actuellement dans la finance. Les clients de Northern Rock viennent tout juste d'apprendre que leur banque connaît de graves difficultés. Quant aux banquiers, ils ne se prêtent plus entre eux, faute d'informations sur la situation de leurs collègues emprunteurs. [C'est faute d'obtenir du crédit auprès des autres banques que la Northern Rock s'est trouvée en difficulté. Ses concurrents craignent qu'elle soit impliquée dans le marché des prêts immobiliers à risque aux Etats-Unis.]

D'honorables banques allemandes ont fait faillite et certaines grandes sociétés ont révélé que tous leurs crédits à risque n'apparaissaient pas dans leur bilan. Dans certains cas, le problème est bien plus grave que pour les rossignols d'Akerlof : non seulement les prêteurs doutent de leurs débiteurs, mais certains établissements financiers ignorent même la valeur réelle de leurs actifs [le risque lié aux prêts immobiliers a été tellement saucissonné, pour être revendu par petits bouts via des produits financiers extrêmement complexes, que plus personne ne sait où il se loge].

Les banquiers, tout comme les clients de la Northern Rock, manquent d'informations ; et, tant que ce sera le cas, le système bancaire ne retournera pas à la normale.

Quant aux tiers censés fournir des garanties, n'en parlons pas. Les agences de notation chargées d'évaluer la qualité de la dette se sont trompées, et l'autorité de tutelle n'a guère brillé par sa capacité d'anticipation dans l'affaire Northern Rock.

Ces marchés ne fonctionnent pas comme ils le devraient, ce qui veut dire que la baisse des taux d'intérêt [attendue demain mardi aux Etats-Unis] ne permettra qu'un sursaut à court terme. A plus long terme, les autorités régulatrices doivent rétablir la confiance en demandant aux banques de publier davantage d'informations et de se comporter plus raisonnablement. Les banquiers semblent prêts à s'y résoudre. Après tout, les acheteurs de produits financiers ne veulent pas de rossignols qui chantent faux.


The Guardian


19/02/2008
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