Qui se souvient encore de la Journée nationale de pardon ?

 La question, à la vérité, c'est pourquoi doit-on se souvenir de cet événement ? La réponse n'est pas évidente. La Journée nationale de pardon, célébrée en pompe en mars 2001, ne semble pas avoir été pensée pour produire des effets indélébiles dans la mémoire burkinabè. Il n'a pas fallu trop longtemps pour s'en apercevoir. Comment un pays qui s'est réconcilié avec lui-même peut-il continuer à afficher ainsi et de façon dangereuse un clivage aussi net ? Chaque année, le 15 Octobre nous en donne l'illustration. Deux Burkina Faso s'opposent et se défient, attendant imperturbablement le moment d'en découdre. Ces cœurs habités par le ressentiment et la rancœur n'ont jamais été visités par l'esprit du "pardon national". Le spectacle est effrayant pour ceux qui sont encore lucides dans ce pays. Dans un contexte aussi dangereux, il n'y a pas d'oreilles pour les voix qui appellent à l'apaisement. Pis, ce sont les médiocres de tous poils qui ont voix au chapitre et c'est cette évolution qui se dessine inexorablement sous nos yeux.
Depuis quelques années, les partisans de Blaise Compaoré, et cela ne déplait sûrement pas à celui-ci, ont entrepris de donner le change aux partisans de Thomas Sankara, qui ont l'habitude, comme on le sait depuis l'origine, de se recueillir le 15 Octobre. Depuis deux ans, les partisans de Blaise Compaoré s'organisent pour fêter la même date dans une ostentation qui va grandissante. Comme il est difficile aux vivants que nous sommes, de nous adresser à Thomas Sankara pour lui dire de raisonner ses partisans, c'est à Blaise Compaoré que nous sommes obligés de parler.
Le spectacle des deux Burkina aussi violemment opposés ne devrait pas vous réjouir pour au moins deux raisons :
la première, parce que c'est quand même vous qui êtes le principal artisan de la tenue de la Journée nationale de pardon. Vous l'avez voulue et vous y avez associé des personnalités imminentes de notre pays. Beaucoup d'entre elles s'y sont engagées (parfois moralement contraintes) pour vous accompagner dans cette intention louable de tourner la page d'une histoire politique et sociale douloureuse et parfois traumatisante. Sur la Journée elle-même, l'opinion nationale n'était pas unanime, mais n'est-ce pas vous qui y teniez au point de mobiliser les ressources immenses de l'Etat et de son administration ? Après cet exercice de contrition par lequel vous avez demandé pardon et souhaité la réconciliation des fils et des filles de notre pays, comment vos partisans à vous peuvent contribuer à la surenchère autour d'une date qui ne nous unit pas, mais qui nous divise profondément ? Si vous avez pris le pouvoir effectivement le 15 Octobre 1987, vous-même êtes le premier à regretter les conditions dans lesquelles cette prise de pouvoir est survenue. Est-il donc moralement supportable, même sous le couvert de la célébration d'une démocratie naissante, que ceux qui se réclament de vous se "montrent" aussi ostentatoirement sans égard pour la peine d'une partie non négligeable de Burkinabè ? Il s'en trouvera évidemment pour le justifier. Mais c'est à votre niveau que le jugement doit se faire. C'est à vous de voir si votre investissement de mars 2001 peut s'accommoder longtemps avec cette fracture nationale qui va s'aggravant.
La deuxième raison, c'est votre stature, désormais planétaire, de facilitateur. Ça fait quand même désordre qu'un "pompier" se désintéresse de sa propre maison qui couve des braises. Votre immense expérience montre, et vous l'avez souvent opportunément rappelé, que les crises naissent de l'indifférence et de l'accumulation des frustrations.
Dans le Burkina Faso d'aujourd'hui, tout semble aller pour le mieux. Vous faites l'objet de toutes les louanges. Vous êtes, cependant, le président d'un pays profondément divisé. C'est à vous de prendre l'initiative de la réconciliation, cela dusse-t-il vous coûter. La postérité vous le revaudra sûrement. Sankara est déjà mort et les morts ne prennent plus d'initiatives. Il faut savoir prendre pour ce qu'elles sont, les "brosses" de Jacques Barrat & Cie.

NAB

http://www.evenement-bf.net/pages/facon_voir_150.htm

 



14/11/2008
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