Les lauréats du Nobel taclent la Chine sur le Darfour

Dans une lettre ouverte adressée au gouvernement chinois, huit Prix Nobel de la paix demandent au pays hôte des Jeux olympiques de 2008 de tenir ses engagements en faisant pression sur les dirigeants soudanais.

Nous soussignés lauréats du prix Nobel, athlètes olympiques, responsables gouvernementaux présents et passés, hommes d'affaires, militants et défenseurs des droits de l'homme, prenons la plume pour vous exhorter à intensifier vos efforts diplomatiques en faveur d'une résolution pacifique de la situation au Darfour.

En tant que principal partenaire économique, militaire et politique du gouvernement soudanais, et comme membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, la Chine a à la fois l'occasion et la responsabilité de contribuer à une paix équitable au Darfour. Les manquements répétés à cette responsabilité sont synonymes, à nos yeux, de soutien à un gouvernement qui continue de se livrer à des atrocités contre son propre peuple. Les atrocités au Darfour ne cessent de s'amplifier. Sur les 7 millions d'habitants que compte la région, des centaines de milliers sont déjà morts, victimes du conflit, et 2,5 millions de personnes sont déplacées. En tant que pays hôte des Jeux olympiques de 2008, la Chine a un rôle tout particulier à jouer, en veillant cette année à ce que ses actes soient à la hauteur des idéaux olympiques de paix et de coopération internationale.

Nous sommes conscients des efforts faits par la Chine en 2007 pour intensifier les pressions diplomatiques sur le Soudan, en particulier par son soutien à l'adoption de la résolution 1769 du Conseil de sécurité de l'ONU appelant au déploiement d'une force hybride ONU-Union africaine de maintien de la paix (UNAMID) au Darfour. Toutefois, nous constatons aussi avec regret que les autorités chinoises ont d'abord cherché, avant son adoption, à saper cette résolution. Pékin a également multiplié par deux ses échanges commerciaux avec le Soudan en 2007, fournissant ainsi des ressources qui permettent à Khartoum de continuer à commettre ses atrocités. De même, la Chine maintient ses relations militaires avec les autorités soudanaises. Nous sommes par ailleurs accablés par l'action du gouvernement chinois depuis l'adoption de la résolution 1769. Il a continué de garder le silence alors que le Soudan persiste à bloquer le déploiement effectif de l'UNAMID et à se livrer à des violences contraires à l'esprit de la mission.

A l'approche des Jeux olympiques de 2008 à Pékin, nous continuons à appeler le gouvernement chinois à agir. Nous savons que la Chine peut faire énormément pour contribuer à la fin du conflit au Darfour. Nous continuerons à espérer voir la Chine prendre des mesures concertées et cohérentes pour garantir le déploiement rapide de l'UNAMID, l'avancée des pourparlers de paix et la fin du recours au viol comme arme de guerre.

Evêque Carlos Filipe Ximenes Belo, Prix Nobel de la paix, Timor-Est, 1996 ; docteur Chirin Ebadi, Prix Nobel de la paix, Iran, 2003 ; Adolfo Pérez Esquivel, Prix Nobel de la paix, Argentine, 1980 ; Rigoberta Menchú Tum, Prix Nobel de la paix, Guatemala, 1992 ; archevêque Desmond Tutu, Prix Nobel de la paix, Afrique du Sud, 1984 ; professeur Elie Wiesel, Prix Nobel de la paix, Etats-Unis, 1986 ; Betty Williams, Prix Nobel de la paix, Irlande, 1976 ; professeur Jody Williams, Prix Nobel de la paix, Etats-Unis, 1997, ainsi que plusieurs dizaines de sportifs ayant participé aux Jeux olympiques, d'artistes et de parlementaires européens, canadiens et américains.


The Independent



14/02/2008
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