La hausse du prix des tourteaux rend davantage vulnérable les animaux

Dans le concert des crieurs pour la vie chère, il y a peu d'allusion à l'activité de l'élevage. Or justement, quelle est cette absurdité de continuer à baisser les taxes sur les produits laitiers importés et à continuer à maintenir la TVA et autres taxes sur les sous produits d'élevage au niveau national ?

Dans les mesures gouvernementales consistant à ramener les prix des produits de grande consommation (lait y compris) à un niveau compatible avec le pouvoir d'achat des Burkinabè, les éleveurs ont été oubliés comme d'habitude. Le gouvernement a décidé la levée de la TVA sur l'huile produite localement et non pas sur les tourteaux destinés à l'aliment bétail. Et comme c'est la même graine de coton qui sert à produire à la fois et huile de coton et les tourteaux destinés à l'aliment bétail, finalement le gouvernement n'a rien réduit du tout. En effet, ce sont les éleveurs qui paient la TVA pour les autres. On se rend compte que dans ce domaine, à la vérité, l'Etat faisait une triple imposition. Sur la graine de coton, il percevait une TVA. Sur l'huile de coton, il percevait la TVA et enfin sur les tourteaux et l'aliment bétail, il percevait également une TVA. En décidant de renoncer à la TVA sur l'huile de coton, il conserve néanmoins la TVA sur la graine et la TVA sur les tourteaux de coton et sur l'aliment bétail.
Comme on le voit, en fait de générosité, le gouvernement ne l'est pas du tout. Il reporte la taxe TVA sur une autre branche d'activité qu'il aurait dû aider de toutes ses forces. Des produits qui font l'objet aujourd'hui d'exonération fiscale, il y a le lait et les sous produits laitiers. On peut penser qu'en concédant l'exo sur les produits laitiers, l'Etat a voulu résoudre un problème immédiat. Mais à long terme, la question reste entière. Il faut plutôt soutenir la production locale et à ce propos, il faut forcément résoudre la question de l'aliment bétail.
Quand on regarde l'évolution des prix de l'aliment bétail, on est plutôt décontenancé. Sur les deux dernières années, les prix de l'aliment bétail ont évolué de façon extraordinaire. En 2007, la tonne de tourteaux était vendue entre 40 000 et 60 000 F Cfa. A l'heure actuelle, le prix de la tonne départ usine est de 110 000 F cfa, soit une augmentation de 175%. Quelle est cette branche d'activité qui peut supporter un tel surcoût ? Il y en a peu en effet. Ce qui fait que les petites productions laitières qui se sont constituées ces dernières années autour des agglomérations sont appelées à disparaître. Il n'est pas possible au regard de la productivité de nos vaches d'acheter une tonne à 175 000 F CFA, (ce sont les prix pratiqués sur les marchés), et de s'en sortir financièrement. Or, les prix de l'aliment bétail ne cessent de grimper. Dans la région de Dori et du Sahel de façon générale, la tonne se vendra bientôt à 200 000 F cfa. Là encore, le produit n'est même pas disponible. Il y a actuellement une spéculation monstrueuse sur la graine de coton. Les unités de production d'huile ne peuvent pas s'approvisionner. La graine de coton a disparu de la circulation. La tonne est proposée aujourd'hui à environ 140 000 F Cfa sur le marché noir. Au niveau de la SOFITEX, un véritable trafic, qui aurait le bénéfice de personnes haut placées, est actuellement en cours. La graine est indisponible (artificiellement) et les unités de production burkinabè n'en ont pas accès. Même SN/CITEC, dans le capital duquel est présent la SOFITEX, a du mal à obtenir son quota annuel. L'année dernière, SN CITEC s'est arrêtée plusieurs mois à partir de juillet. Il faut craindre que l'arrêt de l'usine ne soit plus précoce et plus durable.
La SOFITEX spécule donc actuellement sur la graine avec des intermédiaires véreux qui sont prêts, dans les semaines à venir, à sortir ces stocks pour les acheteurs étrangers. L'année dernière, la sortie de la graine a été massive en direction du port de Lomé, à partir de mai-juin, au moment où les unités locales avaient un mal de chien à trouver la graine. Ce qui a naturellement fait grimper le prix de la tonne tourteaux sur le marché à cette période, à environ 100 000 francs CFA. Depuis lors, les prix ne sont plus redescendus à leur niveau normal.
Avec le prix de la tonne de l'aliment bétail à 175 000 F cfa sur le marché, il est impossible de continuer à produire localement avec les petites fermes. La production laitière nationale va rentrer dans une crise qui lui sera fatale. En même temps, la qualité de la viande vendue sur nos marchés va s'en ressentir. Déjà, ce sont les animaux malades qui étaient tués dans nos abattoirs. La situation va empirer si l'Etat ne fait rien.
Il faut quand même se souvenir de ce dicton du vieux Roger Tall, docteur vétérinaire de son état : " la santé humaine dépend de la santé animale… ".
La situation à ce niveau est préoccupante. L'Etat ne peut pas continuer à ne rien faire. C'est une question de vie ou de mort. Actuellement, le secteur est sinistré. Il ne faut pas le laisser mourir. L'approvisionnement à long terme en lait des Burkinabè dépend de ce que le gouvernement fera aujourd'hui. En même temps, on ne comprend pas qu'avec les prix pratiqués sur la graine de coton, on paye les producteurs de coton à ces prix de misère. Le kilogramme de coton est acheté au paysan, pour la campagne en cours, à 145 f/kg. Une misère qui a découragé plus d'un paysan producteur de coton.
La spéculation sur le prix de la graine de coton profite à tous sauf au paysan. L'Etat ne peut pas durablement ignorer cette situation. Newton Ahmed Barry

 

 

Extrait de la déclaration de l'Organisation des consommateurs du Burkina ( OCB)

(…) En ce qui concerne l'augmentation du prix de l'huile de coton, nous disons qu'il était temps que le gouvernement intervienne dans ce secteur, car le prix de la graine de coton avait atteint un niveau incompréhensible : si le prix de la tonne de graine de coton était entre 20 000 et 30 000 F CFA en 2006-2007, il est passé à 80 000 F CFA en HT et à 90 000 CFA en TTC la tonne en 2007/2008, soit une augmentation de 200%. Par ailleurs, sur cette filière, l'Etat percevait une double TVA (une taxe TVA sur la vente des graines de coton et une autre TVA sur les ventes de l'huile de coton). Il n'est donc pas étonnant que le prix du litre d'huile de coton subisse une augmentation. Le prix de la tonne de tourteaux de coton vendue l'an passé entre 40 000 et 60 000 F CFA est passé à 110 000 FCFA à l'heure actuelle, soit une augmentation de 175 %, et on risque d'assister à la vente de la tonne de tourteaux de coton à un prix avoisinant 150 000 FCFA d'ici le mois de mai/juin 2008. Quel est l'éleveur qui pourra se le procurer et quelle sera la conséquence de cette situation sur nos ressources animales? Et pourtant, ni l'augmentation du prix des semences ni celle des intrants ne justifie l'augmentation du prix de la graine de coton



03/04/2008
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