L'UO, deux rentrées en trois mois

L'Université de Ouagadougou, pour la deuxième fois, va connaître une rentrée à " double flux ". Deux rentrées en un trimestre. Depuis le 1er septembre les étudiants sont de retour pour achever une année université 2008-2009 qui aura été des plus mouvementées. Et puis immédiatement en janvier 2010, l'université devrait procéder à sa rentrée normale. Un calendrier qui tient à un fil. Il suffit de peu pour que 2008-2009 ne s'achève pas et que l'année universitaire 2010 ne voit jamais le jour. Mais ça commence à devenir une coutume sur le campus de Zogona.

Les enseignants et les étudiants des universités publiques du Burkina ont effectué leur rentrée des vacances le 1er septembre dernier. Comme l'année dernière à la même date, la rentrée de cette année est une rentrée de rattrapage. Les années se suivent et les scénarios sont presque identiques. Rentrée de rattrapage, suivi de plusieurs mois de grève égale une autre rentrée de rattrapage. Le cercle vicieux d'une université qui tourne de plus en plus en roue libre. Alors la colère et l'amertume sont devenus les seuls compagnons des habitants de ce qui était autrefois considéré comme le temple du savoir. Des enseignants aux responsables de certaines unités de formation, la langue de bois a fait place au langage cru. Ils sont nombreux aujourd'hui sur le campus à s'allier avec les étudiants pour dénoncer le sabotage de la formation à l'université. Le premier problème auquel les acteurs sont confrontés dans leur élan de sauvetage demeure l'insuffisance des salles de cours et des infrastructures en général. Dans les UFR/LAC et SH, le problème se pose avec acuité, nous a témoigné un enseignant. Selon ce dernier, les amphis "libyens" qui étaient jusqu'à l'année dernière réservés aux étudiants des premières années (ces promotions ayant les plus gros effectifs), sont cette année sollicités par les autres promotions notamment les "deuxième année" avec des effectifs de 400 à 500 étudiants. Il en résulte embouteillages et chevauchements de promotions dans les mêmes espaces avec comme conséquences des reports de cours et des boycotts de certaines évaluations. Le vendredi 18 septembre, alors que nous arrivions sur le campus pour rencontrer un responsable d'UFR, nous avons été attirés par un curieux spectacle qui ne semblait pas l'être pour les étudiants. En effet, une partie de la promotion de 3ème année d'anglais, arpentait les jardins des UFR/LAC-SH, les feuilles de composition à la main, à la recherche d'un local pour composer leur devoir. La salle 6 du bâtiment belge préalablement prévue pour la composition ne pouvait contenir le trop plein d'étudiants et il a fallut recourir à un amphi pour caser le reste. Le spectacle semblait si naturel en ces lieux que cette transhumance n'étonna pas un seul étudiant. Le manque de salles ferait que certaines promotions en dépit des retards qu'elles accusent ne peuvent faire plus de deux jours de cours dans la semaine, alors que les enseignants comme les étudiants peuvent être disponibles les autres jours de la semaine. Un enseignant nous a dit avec insistance que "ce qui risque de bloquer l'université dans les mois à venir, c'est le problème de salles de cours".
Pendant qu'en SVT, des promotions entières n'ont pas encore commencé les cours de travaux pratiques (TP), à l'UFR/SJP, on annonce la fin des travaux dirigés (TD) pour le 15 octobre. Mais en fait c'est un arrêt plutôt qu'une fin, soutiennent les étudiants. A côté des cours théoriques, ce sont les TD et les TP qui connaissent le plus de bâclages. Si certains enseignants font entre cinq et dix heures continues de TD ou de TP, d'autres choissent tout simplement de se passer de ces cours. Le samedi 12 septembre, le devoir de grammaire du français contemporain a été boycotté par les étudiants de lettres pour "non conformité aux textes". L'enseignant n'avait pas fait les TD et avait à peine dispensé 25 heures de cours théoriques contre 75 heures. Dans beaucoup d'UFR, la manière de dispenser les cours a changé. La distribution des polycopies est devenue la règle pour les enseignants qui veulent " terminer " leur programme. Alors que le conseil scientifique a élaboré le calendrier universitaire, son application est laissée entièrement à la charge ou à la merci des responsables des UFR. Ils ont comme impératif de tenir les deux sessions d'examens dans les trois mois, c'est-à-dire du 1er septembre au 30 novembre 2009.

En décembre, les enseignants prendront le complément de leurs vacances de l'année et la rentrée 2009-2010 interviendra le 05 janvier. Un tel calendrier est utopique nous a dit sans détour un enseignant pour qui, la première session à elle seule si elle doit se passer avec un minimum de sérieux devra durer jusqu'en décembre. Et ce n'est qu'à la rentrée de janvier que l'on pourra entamer la deuxième session. Pour cet enseignant donc, la rentée 2009-2010 pour les UFR les mieux avancées, c'est au plus tôt en mars. La conclusion pour cet enseignant c'est que les résultats des examens seront les plus catastrophiques de ces dernières années. Cependant, il y'en a également qui pensent que le calendrier est tenable. Selon le directeur de l'UFR/SH, le Pr. Bantenga Moussa Willy, le calendrier sera respecté avec peut-être, une à deux semaines de retard. Dans son UFR, des promotions de 4ème année ont fini la première session et attendent les délibérations. Son inquiétude est plutôt liée à l'indisponibilité de certains enseignants mais là aussi, ces derniers, encore absents, ont fait la promesse de finir leurs cours dans la dernière semaine de novembre, une fois qu'ils seront de retour. Ce que le directeur reconnaît, c'est qu'il y'a bien une pression exercée sur les étudiants mais aussi sur les enseignants. Mais la pression ne serait pas plus forte que les autres années de crise. Et pourtant elle touche cette année jusqu'aux plus petits départements qui d'ordinaire échappaient plus ou moins aux crises. Au département de communication et journalisme, la deuxième année a été soumise à cinq heures de cours d'affilées le lundi férié du Ramadan. A l'université de Ouagadougou, autant dire que le meilleur s'est enfuit pour toujours. Devant chaque situation, c'est le moindre mal qu'étudiants et enseignants recherchent. C'est pourquoi en SJP, on aurait sursit aux deuxièmes évaluations. Ces évaluations n'auront peut être plus lieu, bien que les textes prévoient deux évaluations pour les cours de 50 heures et une évaluation pour 25 heures de cours. Le salon international du tourisme et de l'hôtellerie de Ouagadougou (SITHO) se tiendra du 29 septembre au 4 octobre. A priori, rien à voir avec l'université. Et pourtant ! Les étudiants de droit et d'économie qui s'exposent au SIAO depuis maintenant deux ans et qui se font appeler des étudiants de Ouaga 2, devront plier leurs étals, le temps du SITHO. Cela a toujours été ainsi. Le SIAO, c'est pour les manifestations culturelles, les étudiants et leur université doivent négocier.
Le calendrier de l'année universitaire avait-il prévu un créneau pour le SITHO ? Pendant qu'on épilogue sur la fin de l'année, les nouveaux bacheliers s'impatientent de se voir un jour dans les amphis. Eux qui ont décroché le BAC en juillet dernier sont appelés à déposer leurs dossiers d'orientation à l'UO à compter du 5 octobre. Après viendra l'interminable phase des inscriptions. Si l'année 2009-2010 commence en janvier, les nouveaux venus auront attendu sept mois avant d'intégrer "Guantanamo".
Boukari Ouoba



03/10/2009
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