JAPON • Quand Sony licencie, le pays tremble

Le groupe emblématique de l'industrie nippone vient d'annoncer un plan de licenciement sans précédent. Une décision face à laquelle le gouvernement semble pris de court, mais contre laquelle les salariés entendent résister.

Le groupe Sony a annoncé le 9 décembre son intention de supprimer plus de 16 000 emplois, parmi lesquels 8 000 salariés en CDI. Jusqu'ici, les licenciements dans l'industrie touchaient essentiellement les employés en CDD et les intérimaires. Il n'y a désormais plus de sanctuaires sur le marché du travail. La décision du groupe aura inévitablement des répercussions.

Les salariés ont décidé de ne pas laisser faire, en particulier les employés intérimaires, qui organisent la résistance. Dans l'usine du constructeur automobile Isuzu à Fujisawa, au sud de Tokyo, trois d'entre eux ont demandé au tribunal de prendre des mesures provisoires pour invalider la décision de rompre leur contrat de travail à compter du 26 décembre. A l'usine Nissan Diesel d'Ageo, au nord de la capitale, trois autres salariés ont créé un syndicat et sont passés à l'action en réclamant l'annulation de leur rupture de contrat, qui doit prendre effet le 18 décembre. La course contre la montre qui s'est engagée en cette fin d'année est d'autant plus vitale que les employés en CDD et intérimaires qui perdent leur travail peuvent perdre par la même occasion leur logement d'entreprise. Il est donc extrêmement urgent de prendre des mesures complémentaires pour créer des emplois [après celles prises fin octobre].

Mais les mesures annoncées le 9 décembre par le gouvernement sont très décevantes. Tout d'abord, la plupart s'appuient sur le deuxième budget rectificatif de l'exercice en cours [avril 2008-mars 2009, qui n'est toujours pas adopté] et sur le budget du prochain exercice [avril 2009-mars 2010]. La réaction des pouvoirs publics est donc trop lente. Il a été certes décidé que ces travailleurs précaires pourraient trouver un logement avant la fin de l'année et bénéficier de l'aide dite "d'ajustement d'emploi" sous forme de détachement ou de chômage technique. Une aide de 1 million de yens [8 240 euros] par personne est par ailleurs prévue pour les PME qui embaucheront directement leurs intérimaires. Mais tous ces projets risquent d'être totalement chimériques.

Le mode de financement de ces mesures reste en effet opaque. Il est prévu d'investir 2 000 milliards de yens [16 milliards d'euros] en trois ans : 1 000 milliards viendront naturellement du fonds spécial de la caisse d'assurance-chômage. Sur les 1 000 milliards restants, 150 milliards seront prélevés sur le budget rectificatif de l'exercice en cours et le reste sur le budget du prochain exercice. D'ici là, d'où va-t-on tirer l'argent nécessaire pour financer ce train de mesures ? Quant aux entreprises, elles doivent œuvrer activement en faveur du maintien de l'emploi. Les employés en CDI comme les CDD et les intérimaires travaillent côte à côte. Si rien n'est fait, le nombre de chômeurs va rapidement augmenter, ce qui risque de déstabiliser la société. Les patrons ne doivent pas oublier que l'emploi reste au cœur de la responsabilité sociale des entreprises.


Tokyo Shimbun



02/02/2009
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