Il faut traquer les responsables des tueries de Conakry

Les masques sont désormais tombés. Moussa Dadis Camara qui se voulait le patriote mu par l'amour de son peuple a été, en vulgaire criminel, pris la main dans le sac. Et comble de ridicule, alors que ses mains dégoulinent encore du sang de ses compatriotes, il affirme sans rire qu'il est un honnête homme, otage d'un peuple avide de changement dont il est l'incarnation. Le changement c'est ce dont parlait un certain général Augusto Pinochet lorsqu'en 1973, il ordonna le bombardement du palais de la Moneda où s'était retranché le président Allende avec quelques uns de ses partisans pour organiser la résistance au putsch des militaires. Pinochet s'était emparé du pouvoir dans un contexte de crise économique aiguë, prétexte à l'intervention des militaires. Celui qui affirmait être venu soulager la misère du peuple n'avait pas tardé à montrer son vrai visage. Le stade de Santiago, haut lieu de la fraternité humaine dans l'émulation sportive est devenu à l'occasion, un immense mouroir où des centaines de syndicalistes et d'hommes politiques de gauche opposés au putsch furent déportés et publiquement exécutés.

Dadis a-t-il voulu donner dans le symbole, lui qui choisit également d'immoler son peuple à l'intérieur du stade du 28 septembre qui accueillait en ce jour chargé d'histoire, une foule nombreuse venue répondre à l'appel de l'opposition guinéenne. Ce militaire en treillis et aux lunettes noires à la Pinochet qui chantait sur tous les toits que l'agitation de l'opposition contre sa candidature à la future présidentielle est la preuve de son anti-démocratisme, étale aux yeux du monde sa conception de la démocratie à sens unique. Pourquoi interdire en effet une manifestation qui donne des gages de son caractère pacifique prévue pour se dérouler sur un terrain clos ? Dadis Camara qui depuis des mois organise des shows publics à travers la Guinée pour son propre compte afin de démonter sa popularité, n'entend pas laisser cette liberté à d'autres ! A Conakry, le 28 septembre 2009, il a usé de la seule arme dont il connaît le maniement, la force brutale, pour réduire une fois pour toute l'opposition, afin de se frayer un chemin royal vers la présidentielle. Pas moins de 150 cadavres pour un fauteuil, décidément ce militaire qui s'autoproclame homme du peuple a franchi la ligne rouge. De quelle légitimité peut-il encore se réclamer, si ce n'est celle de bourreau de Conakry ! L'opinion africaine doit se mobiliser pour faire barrage à ce personnage lugubre, qui, tel un contrebandier, tente d'entrer dans l'histoire par la grande porte.

Ce qui se passe à Conakry intéresse tous les africains préoccupés par le devenir du continent. Le peuple guinéen est en train de livrer un combat inégal pour se libérer de la lourde emprise d'une histoire qui l'a trop longtemps infantilisé. La mort de Sékou Touré ne l'a pas libéré du joug de la dictature. Certes, le général Konté a concédé quelques libertés publiques et politiques, mais la férule militaire ne s'est jamais relâchée. La garde prétorienne habituée aux privilèges et aux passe-droits, n'entendait pas laisser quelqu'un troubler l'ordre mafieux qui se construisait depuis des décennies, en vue de la pérennisation du système. Dadis tente de tirer une légitimité du fait que pendant son court règne, il aurait réussi à rétablir l'électricité à Conakry. Mais cet As de la contrebande veut cacher sa responsabilité personnelle dans la poursuite du trafic de drogue dont les réseaux continuent de fleurir en Guinée.

Blaise Compaoré à qui la CEDEAO a confié la facilitation du dialogue doit éviter les scenari bancales, véritables pis aller. Il faudrait alors qu'il pense beaucoup au martyr du peuple guinéen et un peu moins à lui-même. Mais le sort du peuple guinéen ne se jouera pas sur le seul théâtre burkinabè. La pression de la communauté internationale ne doit en aucun cas se relâcher. L'opinion africaine aussi doit jouer sa partition, en exprimant haut et fort son rejet de la barbarie. Les militaires guinéens responsables des tueries doivent absolument sentir le poids de l'épée de Damoclès. L'Afrique tout entière doit s'ériger en une vaste prison pour les violateurs impénitents des droits humains de tous bords. La renaissance africaine est à ce prix! Germain Bitiou NAMA



18/10/2009
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