Côte d'Ivoire : Le facilitateur enchaîné par le " boulanger "

Blaise Compaoré est réduit à présent à faire chorus avec Gbagbo pour défendre le report de " trop ". L'argument d'une élection incontestable étant préférable à une élection bâclée, ne peut plus prospérer. Car justement la Côte d'Ivoire et son facilitateur ne sont pas seuls dans le processus. La communauté internationale est à bout de souffle économiquement et elle ne peut pas continuer à supporter indéfiniment cette stratégie de " l'usure " à laquelle, Gbagbo semble vouloir gagner tous les protagonistes.

Les plus clairvoyants voyaient venir les choses. Nicolas Sarkozy brûlant toutes les réserves de deuil au Gabon, en juin dernier, avait mis la Côte d'Ivoire en garde contre la tentation de ne pas respecter le délai du 29 novembre. Quelques mois auparavant, l'ONU, face à la multiplication des entraves à la tenue effective de la présidentielle du 29 novembre, avait averti les autorités ivoiriennes, qu'elle cesserait de reconnaître leur légitimité si le délai du 29 novembre n'était pas respecté. Les principaux partenaires de la Côte d'Ivoire avaient vu les choses se dessiner et en avaient prévenu les plus hautes autorités ivoiriennes. L'impasse actuelle n'a donc surpris personne, sauf le facilitateur, peut-être, dont la clairvoyance a été quelque peu obscurcie par le déploiement de charmes de Gbagbo.

Le dévoiement progressif des termes de la facilitation

En acceptant en mars 2007, que le président Burkinabè devienne le facilitateur dans la crise ivoirienne, Laurent Gbagbo avait fait fort. C'était un vrai coup de poker d'un président acculé de partout, avec une résolution des Nations unies (la résolution 1721) qui ne lui laissait plus que quelques mois de pouvoir. Cette résolution des Nations Unies, sous l'instigation de la France, était suffisamment contraignante, pour laisser peu d'illusions à Gbagbo. C'est en ce moment que son génie politique a enfanté une esquive, tellement grosse, qu'elle a laissé tous les protagonistes sans voix. L'offre de "dialogue directe" sous la facilitation d'un certain Blaise Compaoré était tellement inattendue que personne n'a trouvé à redire. La victime qui se met volontairement sous la protection du bourreau avait de quoi dérouter les "procureurs" de la communauté internationale. Ainsi pris de court, la France et l'ONU ont du balbutier des réponses qu'elles ont été contraintes de recadrer à mesure qu'elles recouvraient leurs esprits. C'est d'abord la France qui annonce dans la foulée des accords de Ouagadougou qu'il suffisait d'en faire la demande pour qu'elle ordonne le retrait des forces françaises "Licorne" de la Côte d'Ivoire. Quelques jours après, la ministre française de la Coopération devrait rétrograder pour affirmer qu'une telle éventualité n'était pas possible puisque "la force Licorne était en Côte d'Ivoire sous mandat onusien et qu'en tout état de cause, si retrait il devrait y avoir, il ne serait que progressif. Mais le rythme ne saurait aucunement être celui édicté dans les accords de Ouagadougou".
L'ONU qui est pris de court a eu aussi du mal à réévaluer son mandat. La résolution 1721 fixait le cadre, les institutions et les mécanismes de son intervention en Côte d'Ivoire. Les accords de Ouagadougou se sont empressés de mettre cette résolution hors jeu. Il fallait donc trouver un cadre nouveau qui va s'articuler avec les accords de Ouagadougou. Pendant un bon moment, l'ONU est restée pour ainsi dire "l'arme au pied" contraint de ne "rien faire avant d'avoir vu, les accords à l'œuvre sur le terrain". L'ONU a, par la suite, adapté sa mission en se pliant aux accords de Ouagadougou. Mais pour l'essentiel, les dispositions contraignantes de la résolution 1721 étaient mortes. Le président Gbagbo n'avait plus la contrainte de cohabiter avec un super premier ministre, Konan Banny, qui avait l'essentiel des pouvoirs de l'exécutif. La résolution onusienne prévoyait en cas de conflit dans la cohabitation, ce sont les dispositions de la résolution 1721 qui primaient sur la constitution. Gbagbo était cerné de toutes parts. Depuis que la France avait détruit ses avions de combat, il était devenu militairement indigent. L'embargo onusien rendait difficile un éventuel réarmement. Les perspectives étaient sombres pour Gbagbo, s'il restait dans le cadre onusien. Le soutien inconditionnel de Tabo Mbéki, président de l'Afrique du Sud, n'était plus suffisant pour le tirer d'affaire. L'inconditionnel Mbéki avait fini par apparaître comme trop partial.
C'est en ce moment que Gbagbo sort de son chapeau le dialogue direct et les accords de Ouagadougou. Une trouvaille de génie qui lui redonne l'initiative dans la sortie de crise en se débarrassant de l'ONU et de la France. Blaise Compaoré imposé "facilitateur", l'expression a été forgée par Gbagbo lui-même, et son médiateur entre en jeu sans réel pouvoir et sans force de contrainte. Depuis lors, c'est Gbagbo qui mène le jeu. Il impose l'agenda et se plie aux concessions qu'il veut bien concéder. Blaise Compaoré a parfois opposé un refus aux "suggestions" de Gbagbo, comme lorsqu'il avait voulu, dans le processus du déploiement de l'administration dans les zones rebelles, que des gradés de l'armée régulière se substituent aux "Com Zone". Sur ce point, il n'a pas eu gain de cause, mais le fonds du problème n'a pas trouvé non plus solution. La reconnaissance des grades des officiers des Forces nouvelles est toujours en attente. Il n'y a pas visiblement à ce niveau, un vrai enthousiasme de Gbagbo de faire évoluer les choses. C'est quand même lui, le chef suprême des armées. A ce titre, il décide, de façon discrétionnaire, des nominations et des avancements en grade.

Les accords de Ouagadougou, une aubaine !

Avec les accords de Ouagadougou, Gbagbo a tout obtenu sans rien concéder de substantiel en retour. Il s'est débarrassé de la résolution 1721 qui le menaçait personnellement et a obtenu qu'on lui substitue des dispositions d'un accord "arrangé" qui ne contient aucune clause contraignante. Tout est laissé au bon vouloir de Gbagbo avec un facilitateur qui ne peut rien d'autre que de "faciliter" ce qu'on veut bien qu'il facilite. Et de toute façon Gbagbo, à l'occasion de la signature de l'accord de Ouagadougou, a improvisé un discours, qui n'était pas si improvisé que ça et qui fixait bien le cadre des rapports qu'il entendait entretenir avec le facilitateur. Ce qui le préoccupait en premier lieu, c'était d'entretenir de bonnes relations avec le facilitateur et son pays. En faisant de l'axe Ouaga-Abidjan " le moteur de l'intégration sous régional ". C'était sa principale préoccupation. La tenue des élections venait bien après. On peut dire aujourd'hui que sur ce point, Gbagbo a totalement rempli son engagement. Il a poussé à l'adoption d'un accord de coopération qui n'a jamais cessé d'exister entre nos deux pays, sauf avec son avènement au pouvoir. Mais visiblement le facilitateur s'est piqué au jeu ou ne pouvait pas s'y opposer en laissant conduire parfois dans des situations grotesques, comme le fait d'être intronisé roi des rois ivoiriens. Il est difficile à Blaise Compaoré de ne pas y voir une façon de se payer sa tête. En 49 ans d'existence de nos pays, il est le premier président de notre pays à qui on fait cette distinction indécente. Quand on n'est pas roi chez soi, il est mal venu d'être roi des rois chez les autres. On aura remarqué que Gbagbo s'est abstenu de s'affubler de pareille distinction. Le problème de Blaise Compaoré reste, donc quoi qu'on en dise, sa faiblesse pour les flatteries. Gbagbo sait bien jouer de ce registre en discréditant les médiateurs dans la crise ivoirienne. A Mbéki il l'a tellement embobiné avec les histoires de néocolonialisme qu'il a fini discrédité.
Blaise Compaoré court aussi ce risque avec Gbagbo grand joueur et habile manipulateur. En effet, qu'elle urgence aujourd'hui pour les Ivoiriens et la sous région ? C'est évidemment de voir la Côte d'Ivoire, cette locomotive de l'UEMOA sortir rapidement de sa crise avec un gouvernement légitime. Si cette condition est remplie, les préoccupations de l'intégration en Afrique de l'ouest vont trouver solution. Il suffit de prendre les choses où les anciens les avaient laissées. Les dispositions, que l'ont dit nouvelles, qui ont été enfantées récemment à Yamoussoukro ne sont pas si nouvelles que ça. La disposition sur la suppléance diplomatique n'est pas nouvelle. Elle existe depuis la création du Conseil de l'Entente. Au nom de cette disposition, certaines de nos représentations diplomatiques partageaient les mêmes immeubles dans certains pays occidentaux. C'est au nom de cette suppléance diplomatique que le Visa Conseil de l'Entente a été mis en place. Jusqu'à plus informé, ces dispositions sont encore en vigueur, même si le cadre qui les a enfantées, le Conseil de l'Entente, est mort.
En vérité, l'axe Ouaga-Abidjan, avec un gouvernement "en attendant" comme celui actuellement aux affaires en Côte d'Ivoire ne peut être le moteur de rien du tout. Le Burkina Faso et Blaise Compaoré ont tout à gagner dans l'avènement d'un régime légitime en Côte d'Ivoire. Avec ce régime et celui légitime du Burkina Faso, les peuples poursuivront la construction de l'intégration. Car tchogo-tchogo on va s'intégrer. On n'a pas le choix. NAB



03/10/2009
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