Blaise Compaoré a-t-il un cœur ?

 

Une équipe de L'Evénement a pu récemment faire un tour à la MACO, la Maison d'arrêt et de correction de Ouagadougou pour voir ce que deviennent les jeunes émeutiers de la vie chère. En rappel, en février 2008, devant la monté vertigineuse des prix des denrées de première nécessité, la rue burkinabè s'était enflammée. S'en était suivi des manifestations violentes de jeunes avec comme conséquence la dégradation et la destruction des biens publics et privés. De présumés manifestants avaient été appréhendés par les forces de l'ordre, jugés et condamnés lourdement par la justice. Depuis lors, plusieurs dizaines de ces jeunes croupissent en prison dans un oubli total de tous, y compris des organisations de la société civile. Et pourtant, et à posteriori, même si on peut déplorer les violences et les dégâts, personne ne conteste la justesse de leur appréhension.
Il a fallu leurs actions pour que le gouvernement se rende compte de la gravité de la situation et qu'il prenne des mesures urgentes et énergiques. En effet, c'est suite à ces émeutes de la faim que le gouvernement a pris, dans la précipitation, les mesures d'allègement fiscales sur les produits de première nécessité. On peut donc dire que ces jeunes violents ont fait infine œuvre utile. Ils ont contraint le gouvernement à se préoccuper des problèmes des citoyens. Si la situation n'a pas trop empiré, c'est à eux que nous le devons. Si le gouvernement a finalement inscrit dans son agenda toutes ces actions contre la vie chère, c'est à "ces têtes brûlés" que nous le devons. Juste retour de l'ascenseur, après que la loi soit passée, il est temps pour que les ressorts sociaux se tendent pour obtenir du chef de l'Etat, qu'il élargisse ces jeunes. L'action de la justice a consisté à réaffirmer qu'en toute chose, "force doit rester à la loi". Mais dans un Etat de droit, des passerelles sont prévues pour réparer ou pardonner ce qui était excessif et qui a été pourtant utile. Le chef de l'Etat a entre ses mains ses prérogatives dont il a montré par le passé qu'il savait s'en servir. Juste le rappeler sans acrimonie. Ousseni Yaro, condamné pour avoir torturé à mort David Ouédraogo a été gracié par le chef de l'Etat après avoir purgé seulement quelques années de prison.
Pourquoi le chef de l'Etat ne serait-il pas aussi magnanime avec ces jeunes qui ont été certes excessifs, mais qui restent des Burkinabè envers qui est obligé ? Rien ! Absolument rien. Sauf à considérer, avec tout le respect que l'on vous doit, l'esprit "petit moagha" qui croit que la meilleure façon de faire respecter le chef, c'est de châtier sévèrement tous ceux qui l'auront contrarié.
Ces jeunes n'ont pas leur place en prison. S'ils ont commis une faute, qui d'entre nous peut le premier leur jeter la première pierre ? Surtout pas vous monsieur le président, vous qui vous plaisez à raconter à vos interlocuteurs comment vous aviez à l'école normale conduit les "émeutes contre le tô". La seule sanction dont vous aviez écopé, c'était de vous voir contraint à faire votre service militaire. Heureuse faute, diriez vous aujourd'hui, puisque c'est cette sanction qui a permis que s'accomplisse votre destin.
Ces jeunes Burkinabè sont comme vous à leur âge. Ils sont sensibles à l'injustice et il faut se féliciter que cet héritage se perpétue dans notre pays malgré la corruption des mœurs. Il y a des choses, heureusement, pour lesquelles la morale n'agonise pas encore dans notre pays. Et puis franchement, vu les méthodes d'interpellation, nombreux sont ces jeunes qui n'ont rien fait. Monsieur le président, il faut faire quelque chose pour ces jeunes. Il faut les faire libérer. Un des détenus est déjà mort, dès les premiers moments de détention. Il faut élargir le reste. Notre société ne gagnerait rien à endurcir des dizaines de jeunes à l'épreuve de la prison et au contact de vrais bandits de grand chemin.
Notre passage à la MACO nous a montré combien ces jeunes étaient dans une situation inacceptable. Une fois de plus, monsieur le président, ces enfants du Burkina n'ont pas leur place à la MACO. NAB

 



16/09/2008
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