Attention, la faim menace dans notre pays !

C'est une mise en garde qui peut paraître incongrue dans un pays où les autorités ont annoncé, il y a quelques mois seulement, des résultats agricoles exceptionnels. Les prévisions de 4 millions de tonnes de céréales ont été atteintes et dépassées, puisque les annonces officielles tablent sur 4 213 256 tonnes, soit une progression en terme de quantité d'environ 36% par rapport à l'année précédente.
En terme absolu, la quantité de céréale a progressé, mais en terme relatif, l'excédent d'environ 700 000 tonnes ne signifiait pas grand-chose. Nous avions expliqué dans ces mêmes colonnes qu'en année ordinaire normale, les excédents céréaliers étaient à peu près du même ordre. Dans cette logique, il fallait donc s'attendre à quelques tensions en matière alimentaire, notamment pendant la période de soudure (juin, juillet, août). Hélas, il semble que cette période de tension arrive plutôt que prévue. Les marchés céréaliers sont en ébullition depuis la fin décembre. Les prix sont en train de dangereusement prendre l'ascenseur. En général, quand on veut connaître le pool des prix céréaliers, il faut faire attention aux prix du sorgho rouge. Il est un indicateur infaillible. Quand les prix de cette céréale grimpent, cela veut dire que les prix des autres ont atteint un seuil qui exclut la grande majorité de la population. Or depuis le début du mois de janvier, les prix du sorgho rouge grimpent de façon vertigineuse. Le "yoruba" (une unité de mesure qui vaut environ 3,5kg) coûte aujourd'hui entre 375 et 400 f cfa. En année normale, cette céréale n'atteint pas ces seuils, surtout en cette période de l'année. Il y a donc lieu de tirer la sonnette d'alarme et prendre déjà des mesures conservatoires pour freiner cette inflation des prix.
Selon des informations qui émanent des services de l'Etat, cette situation serait artificielle, parce que les paysans qui ont fait aussi d'autres spéculations, notamment les céréales de rentes comme le sésame et le niébé, n'ont pas encore commencé à sortir les mils. Ils seraient en train de vendre pour l'instant ces céréales de rente. Il faut attendre les mois à venir et un éventuel accord sur les prix avec les autorités pour que les céréales commencent à sortir. C'est tant mieux, si c'est cette situation qui prévaut. Mais il ne faut pas totalement exclure aussi une situation où nos céréales seraient déjà sorties par les pays voisins. Pour le maïs, nous expliquions déjà que le nord du Ghana, qui est une grande région de production et de consommation de maïs, connaissait cette année une situation déficitaire. Il fallait donc s'attendre que par le jeu des collaborations traditionnelles entre régions, le maïs qui est produit dans la partie sud de notre pays ne soit aspiré par cette zone déficitaire du Ghana.
En général, et naturellement, les échanges se font des deux côtés de la frontière sous forme de vases communiquant, le côté qui en manque aspire le trop plein de l'autre. On peut donc imaginer qu'une bonne partie de la production de notre maïs, qui provient essentiellement de cette région frontalière, va se retrouver au Ghana. Le constat que l'on peut faire aujourd'hui, c'est que le maïs coûte déjà plus de 500 F CFA le "yoruba".
En parallèle à ce risque de tension céréalière, il faut aussi et vigoureusement attirer l'attention sur les feux de brousse. Le phénomène est en train de revenir dans des proportions inquiétantes. La fragilité de l'écosystème des régions déjà mis à mal par les friches désordonnées est aujourd'hui en danger.
Les autorités de tutelle ne donnent pas l'impression de prendre la mesure de la gravité de la situation. Depuis la fin de l'hivernage, il n'y a pas, jusqu'à plus informé, une vigoureuse campagne pour essayer de dissuader ou de freiner les pyromanes. Les services des Eaux et forêt ne montrent pas dans les localités qu'elles sont préoccupées par le phénomène. Chaque jour, il suffit de prendre les routes nationales pour constater comment nos maigres brousses se consument sous les feux.
Dans quelques mois, quand il n'y aura plus rien à brûler, pour les besoins de l'agriculture, les friches vont commencer. Les rares arbres qui auront survécu aux feux de brousse seront abattus. Nous sommes donc engagés dans une véritable saga contre notre environnement. Evidemment qu'en août, il nous restera encore suffisamment d'encens pour engager des campagnes de reboisement, suffisamment coûteuses et abondamment médiatisées. Absurde situation. N'est-ce pas ? Et si nous invertissions les périodes des efforts. Au lieu de dépenser autant d'argent et d'énergie en août, pour mal soigner les ravages contre l'environnement que nous laissons perpétrer pendant ces longs mois de l'année, mobilisons nous dès le mois d'octobre avec des brigades anti-feu et anti-friches anarchiques dans les 8000 villages du pays. Mettons à la disposition de ces brigades les moyens colossaux que nous gaspillons en août. Nous aurons sûrement des résultats. Il est possible, pour aller vite, de s'appuyer sur les Conseils Villageois de Développement (CVD), déjà mis en place, qui sont dans bien des cas oisifs ou en conflit ouvert avec les maires et les chefs traditionnels sur la gestion du foncier. http://www.evenement-bf.net/pages/facon_voir_157.htm



18/02/2009
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