Arba arrive et on se prend à rêver

Le scrutin semblait plié d'avance et sans enjeu. Il est toujours peut-être déjà plié, mais la candidature de Arba Diallo lui donne incontestablement un enjeu. Depuis son investiture, ça frémit quelque peu. Jusqu'où cela pourrait aller ?

Après son investiture le 18 septembre, le directeur de campagne, Philippe Ouédraogo, est allé déposer l'acte de candidature le jeudi 23 septembre. Les choses sont allées très très vite. Après Blaise Compaoré, c'est donc Arba Diallo qui a effectué l'entièreté des formalités. Etaient attendus, Bénéwendé Sankara et probablement François Kaboré du PDP/PS qui n'avait pas, à la date du 21 septembre, selon des informations proches de son parti, réuni les 50 parrainages. Le Lion est venu rencontrer le candidat Arba Diallo, (son oncle, il aurait dans sa lignée un ascendant peulh) le 20 septembre et aurait promis de se désister à son profit après consultation des partis qui ont suscité sa candidature. Reste "l'arlésienne" Maxime Kaboré, plus présent dans la presse que sur le terrain. Il semble, en regardant les choses de près, que pour cette présidentielle, on n'aura pas plus de quatre candidatures. Ce serait déjà une bonne chose et le législateur aura été finalement bien inspiré en corsant un peu les conditions de candidature.

Arba a pour lui son CV et son intégrité

En comparaison avec Blaise Compaoré, le candidat Arba a pour lui trois atouts qui font actuellement cruellement défaut à la classe politique burkinabè. Son intégrité d'abord. Une valeur en voie de disparition, après avoir été longtemps, la marque de fabrique du Burkinabè. Ensuite son parcours intellectuel, politique et professionnel. Diplômé des grandes universités américaines (l'université de Columbia à New York et de l'institut des hautes études internationales de Genève), haut fonctionnaire de l'ONU et homme politique constant. Ils ne sont pas nombreux ceux qui traversent quarante années de militantisme sans tâche. En cela, il est comparable au baobab Ki-Zerbo, avec tout de même un petit plus. Président d'un exécutif local, il a appris à gérer et à gérer quelle commune ? C'est l'homme politique malien, Fily Dabo Sissoko qui, éprouvé par l'esprit retors des "Dicko", a eu cette phrase qui est restée dans l'histoire : "gnandegom Dori yo Dori, gnandegom Dori yo dodi", traduit en français : "il y a des jours où Dori est pire que le caca". Pour Arba Diallo, gérer la commune de Dori a été plus qu'un chemin de croix. Outre l'adversité morbide du coordonnateur régional du CDP, Kader Cissé, il a dû affronter l'animosité d'une administration publique qui ne lui a rien facilité. Des conseillers convoqués à la gendarmerie et séquestrés à la veille des sessions, pour empêcher que le quorum ne soit réuni, un représentant du trésor public dans la région qui bloque délibérément l'exécution du budget, rien ne lui a été épargné pendant les deux premières années de son mandat. Mais le vieux "coco" a tenu bon et Dori est aujourd'hui l'une des rares communes de notre pays qui sera au rendez-vous des OMD, pour l'eau potable. Par une politique intelligente et désintéressée, il est entrain de doter chaque ménage de Dori de l'eau courante, des latrines et de regards pour l'assainissement. Les foyers démunis n'auront pratiquement rien à payer, puisqu'un accord avec l'ONEA permet de répartir sur les factures et pendant des mois, les frais de raccordement qui sont pré financés par la commune. Des familles qui n'avaient jamais rêvé d'un robinet en sont actuellement dotées. Loin de Ouagadougou, Dori n'est pas la destination favorite des financements des partenaires, mais sous le mandat de Arba, et malgré les tracasseries de l'administration, la commune accueille environ un demi milliard de francs cfa d'investissements par an. Le budget communal est estimé à environ 300 millions de francs cfa, jamais débloqués pendant les deux premières années du mandat de Arba, à cause des obstructions malveillantes de l'administration publique. Les investissements qui ont été réalisés l'ont été donc pour l'essentiel, sur financement extérieur et grâce au carnet d'adresses de Arba. Le dernier gros financement actuellement en exécution, est assuré par l'Union européenne à travers le projet "Approvisionnement en eau potable et assainissement", d'un montant de plus 600 millions de francs cfa. Un projet qui a commencé à changer le visage de Dori avec l'aménagement en cours, des deux principales mares du centre ville : Hawaldiel et Gnoudiel. Normalement, selon les cahiers des charges, les aménagements étaient prévus pour se terminer en juillet dernier, mais l'entrepreneur n'a pas respecté les délais. Cousin du ministre Clément Sawadogo, il a cru pouvoir faire du trafic d'influence avec Arba, qu'il serait allé voir en se présentant comme le " frère de Clément Sawadogo ". Arba a pris le temps de bien l'écouter et lui a répondu que si les retards dans les travaux devaient se poursuivre, son ministre de frère va être obligé un jour de venir le sortir de cellule à Dori.

La moralisation de la vie publique !

Le mandat de Arba à la tête de la commune a mis fin aux rackets dans la délivrance des papiers administratifs. Parce qu'elles sont analphabètes, on croit naïvement que les populations ne font pas la différence entre une équipe qui gère bien les deniers et celle qui ne le fait pas. A Dori, la première des choses que l'homme de la rue vous avoue, c'est que l'équipe de Arba ne vole pas. Quand vous insistez pour obtenir des précisions, tous vous répondent qu'on ne vous prend plus de l'argent quand vous allez à la mairie pour des papiers. La plupart des faux frais ont été supprimés pour les demandeurs de papiers qui s'adressent à la commune. Petits changements qui ont accru le pesant de sympathie dont bénéficie la nouvelle équipe communale. La mairie est devenue effectivement la maison commune au service de tous.
Les autres partenaires s'en rendent aussi compte. Avec le bitumage de la transnationale Dori-Tera (frontière du Niger), la commune doit bénéficier de 10 km de route bitumée, en d'autres temps, l'équipe communale aurait certainement accepté quelques arrangements. Quelques kilomètres de moins auraient arrangé tout le monde. Mais avec Arba, avoue un responsable d'une des entreprises chargées de réaliser le projet, non sans admiration: "il est difficile de refuser quelque chose à l'ambassadeur Arba Diallo, parce qu'il n'est pas intéressé par les dessous de table".
Les faiblesses de la candidature

Le problème d'une candidature comme celle de Arba, c'est qu'elle se heurte dans le contexte burkinabè, à un système politique conçu pour un individu. La démocratie burkinabè, c'est hélas la démocratie de Blaise Compaoré. Toutes les institutions sont à son service. Même la CENI, organisateur et arbitre des scrutins, n'y échappe pas. Dans ces conditions, Arba ne peut rien espérer. Sauf si ce qui se dit actuellement en sourdine se confirme. Des informations font état d'une liste électorale sur laquelle le "bétail électoral traditionnel" se serait faiblement inscrit. Le gros des inscrits viendrait des grandes villes comme Ouagadougou et Bobo Dioulasso où depuis au moins trois scrutins, les partisans de Blaise Compaoré reculent en score. Mais plus globalement, la faiblesse du corps électoral, un peu moins de trois millions si on devait croiser, inscrits sur les listes électorales et détenteurs de CNIB.
Autres écueils importants, la collusion, presque totale, entre le système et le monde des affaires. Tous les opérateurs économiques, grands et petits, sont dans la FEDAP/BC et donc au service de Blaise Compaoré. Pour la campagne à venir, ce sont eux et les nombreux directeurs généraux et les chefs de projets qui seront les vaches à lait. L'opposition ne peut rien attendre d'eux. Or dans les démocraties libérales normales, ils devraient être équitablement généreux avec tous les candidats. Et puis l'administration. Les préfets, hauts commissaires et gouverneurs sont au service du candidat Blaise Compaoré.
Au regard du contexte donc, la qualité de la candidature de Arba ne va pas peser lourd. Si en plus l'opposition devrait présenter d'autres candidats, cette dispersion aura forcément un effet sur l'électorat. Mais qu'en sera-t-il si Maître Sankara et les autres se désistaient au profit de Arba ?  
Newton Ahmed Barry



08/10/2010
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