Côte d'Ivoire : Enlisement ou reniement?

La CEDEAO, fer de lance du front contre Gbagbo, est dans l'impasse. Certains pays se rebiffent. Il ne reste plus que les occidentaux à être encore fermes.

La position des occidentaux est restée constante. Sarkozy ne fait plus d'ultimatum, mais il reste globalement sur sa position. Le président élu de la Côte d'Ivoire, c'est Alassane Ouattara, même s'il n'a pas jusqu'à présent l'effectivité du pouvoir. Barack Obama est aussi toujours constant. Gbagbo doit s'en aller et laisser la place à Alassane Ouattara. Il n'est pas question selon l'administration américaine, d'un partage de pouvoir à la kényanne. Les Britanniques et les Canadiens sont aussi sur la ligne de "Gbagbo n'est plus le président de la Côte d'Ivoire". Ces deux pays ont retiré l'accréditation aux ambassadeurs nommés par Gbagbo. Celui-ci a répliqué en demandant aux ambassadeurs des deux pays de rentrer chez eux. Une décision ignorée par Londres et Ottawa. Dans les jours à venir, d'autres pays occidentaux devraient suivre. En France particulièrement, le représentant de Alassane Ouattara devrait être accrédité dans la semaine du 10 janvier.

CEDEAO : l'impasse
La fermeté de la CEDEAO pendant sa réunion du 24 décembre est entrain d'être édulcorée après les missions de bons offices des trois chefs d'Etat de l'organisation. La dernière à laquelle a participé le premier ministre kenyan a contribué à embrouiller encore plus la situation. Les émissaires n'étaient pas allés discuter, mais ils sont revenus avec des propositions de négociation. Alors quoi faire ? Surtout quand Gbagbo n'a respecté rien de ce qu'il avait promis et a fini par annoncer qu'il n'avait rien promis et qu'il n'avait même pas besoin d'amnistie puisqu'il était bien là où il est.
De position d'acculé, c'est Gbagbo qui est aujourd'hui dans une position " d'acculeur ". La réunion de l'UEMOA à Bamako s'est terminée en queue de poisson, puisque Gbagbo qui n'était pas représenté a trouvé le moyen de faire lire une lettre qui a tourmenté tout le monde. La décision du conseil des ministres de Bissau qui devait être entérinée et consacrer la main mise sur les comptes de la Côte d'Ivoire à la BCEAO par Alassane Ouattara, n'a pas été totalement réalisée. Finalement, ce sont les chefs d'Etat qui vont décider le 22 janvier prochain. C'est dire combien la menace de Gbagbo a été prise au sérieux.
Au sein de la CEDEAO, même la belle unanimité des débuts de la crise est entrain de se fissurer. Le Ghana est aujourd'hui dans une situation de cavalier seul et de reculade. Le président Atta Mills affirme aujourd'hui qu'il reconnaîtra finalement le gouvernement qui sortira vainqueur de la crise actuelle. Le président ghanéen a pris position en faveur de Gbagbo en affirmant qu'il " ne prenait position pour personne ". On se demande si le Ghana aura le courage de participer aux prochaines réunions de la CEDEAO. Ou du moins ce qu'il va dire ?
La communauté internationale et africaine est dans une logique : "Alassane Ouattara est le vainqueur de la présidentielle". Le Ghana n'est plus dans cette logique. Le projet de contraindre Gbagbo à quitter le pouvoir après l'échec des exhortations pacifiques n'est pas accepté par le Ghana. Ce qui, nous l'avons écrit et nous avait valu les foudres de l'ambassadeur du Ghana au Burkina Faso, ne peut que maintenir le doute sur les relations exactes entre Gbagbo et Atta Mills. Selon des informations actuellement accréditées, Gbagbo aurait financé la campagne de Atta Mills par l'intermédiaire de son pasteur et conseiller.
L'autre question qui va se poser sera de savoir si le Ghana va accepter le transit des armes pour renforcer Gbagbo ? Autre question, quel rôle exact joue Accra dans la tentative de briser le blocage économique contre Gbagbo qui se met en place ? Si Accra ne veut pas prendre position, il pourrait tout aussi servir de porte de sortie et d'entrée des émissaires et des mercenaires de tout genre au bénéfice de la Côte d'Ivoire. Les pays de la CEDEAO qui sont prêts à faire respecter la volonté des Ivoiriens ont des raisons de douter du Ghana et du danger qu'il fait courir à leurs militaires dans le cas d'une option militaire inévitable.

La force légitime ?
L'attitude de Gbagbo ne laisse aucun doute sur l'issue à venir. Toutes les exhortations pour qu'il accepte s'en aller pacifiquement ont échoué. Parce que la vérité, c'est que Gbagbo ne s'en ira jamais. Celui qui croit le contraire ne connaît pas l'homme. Maintenant est-ce qu'il est possible de le déloger par la force ? Les avis se contredisent. Pour certains spécialistes, c'est quasiment impossible en raison du coût humain en jeu. Les pays de la CEDEAO ont trop de ressortissants en Côte d'Ivoire pour risquer une intervention militaire. Gbagbo et les siens ont montré que rien ne les rebutait. D'autres par contre sont persuadés que Gbagbo tomberait à la première expédition sérieuse, surtout qu'il ne contrôle pas l'ensemble du pays. Son pouvoir en vérité se réduit chaque jour à Abidjan et à ses environs. Une pression militaire qui viendrait accentuer cet encerclement créerait une situation intenable et non durable.
Autre option militaire serait une opération commando. Un raid sur le palais qui combinerait tous les moyens commandos pour capturer Gbagbo ou l'ensevelir en ces lieux. Est-ce que cette option est possible ? Seule la France peut répondre sérieusement à cette question, elle qui connaît très bien l'armée ivoirienne et ses capacités. Cette option supposerait aussi des complicités dans les FDS. Or il semble, quoiqu'en dise le camp Ouattara, l'armée est restée insensible aux appels à la dissidence. On peut penser que tant qu'il aura de quoi payer les militaires, ils seront fidèles. On peut aussi penser que le gros de l'armée ne va pas risquer sa vie pour Gbagbo. Les seuls actuellement exposés, ce sont les soldats de la garde républicaine et les éléments de CECOS.
La communauté internationale gagnerait à ne pas laisser trop perdurer la situation actuelle en Côte d'Ivoire. Au-delà de janvier, les incertitudes sont grandes et les risques aussi. Depuis le gel des avoirs de Gbagbo aux Etats-Unis, il semble que les Américains ont renoncé à raisonner Gbagbo. Barack Obama a indiqué qu'il est prêt à appuyer une intervention militaire de la CEDEAO. Les Britanniques aussi. Il reste à la CEDEAO de savoir se décider. Dans le projet d'intervention militaire effective, ils seront peu de pays à sauter le pas. Il faut donc organiser sérieusement l'intervention pour lui donner toutes les chances de réussite. Une bonne intervention ne devrait pas durer plus d'une semaine. Dans ce cas de figure, la France aura un rôle éminent à jouer. NAB



18/01/2011
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