La viande clonée se rapproche de nos assiettes

Les autorités sanitaires européennes et américaines viennent de déclarer que la viande issue d'animaux clonés n'était pas dangereuse. Cette dernière pourrait être commercialisée d'ici quatre ou cinq ans.

"La perspective de l'arrivée de viande d'animaux clonés dans les supermarchés s'est précisée un peu plus le 16 janvier, quand les autorités sanitaires américaines ont déclaré que la viande de bovins, de porcs et de chèvres clonés était propre à la consommation", prévient le Financial Times. Survenant quelques jours après un avis préliminaire similaire rendu le 11 janvier par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (AESA), les conclusions de son homologue américaine, la Food and Drug Administration (FDA), pourraient relancer le débat passionné sur la sécurité des OGM qui empoisonne les relations commerciales entre les Etats-Unis et l'Union européenne, ajoute le quotidien économique.

"La FDA a conclu que la viande et le lait provenant de bovins, de porcs et de chèvres clonés ou de leur progéniture ne comportaient pas davantage de risques que ceux d'animaux issus de l'élevage traditionnel", explique le FT. "Cette décision survient au moment même où les entreprises biotechnologiques font pression pour que la viande et le lait d'animaux clonés puissent faire leur entrée dans la chaîne alimentaire. ViaGen, l'une des plus importantes, assure depuis quatre ans la reproduction de bovins pour les salons de l'agriculture et les rodéos. Selon elle, si le moratoire volontaire en vigueur depuis six ans – dans l'attente de la décision de la FDA – sur les ventes de bétail cloné est levé, la viande de bovins clonés pourrait apparaître dans les rayons des supermarchés d'ici quatre ou cinq ans."

"L'industrie américaine du bœuf souhaite obtenir l'autorisation d'utiliser la progéniture d'animaux clonés en vue d'aider les éleveurs à constituer des troupeaux d'élite et d'uniformiser la qualité de la viande, précise le Financial Times. Aux Etats-Unis, l'emploi de végétaux modifiés dans la production alimentaire est largement accepté. Une enquête menée l'an dernier par l'International Food Information Council a montré que 61 % des Américains étaient prêts à acheter des produits issus d'animaux génétiquement modifiés si leur mise sur le marché était autorisée."

En Europe, le débat sur la viande clonée est également engagé. "Les problèmes éthiques et moraux entourant l'usage de viande et de lait provenant d'animaux clonés ou de leur progéniture sont examinés le 16 janvier par le Groupe européen sur l'éthique dans la science, composé notamment de spécialistes de la théologie chrétienne", rapporte le Financial Times dans un autre article. "Son verdict pourrait avoir un effet crucial sur l'acceptation, ou au contraire le rejet, de cette technologie controversée en Europe." Interrogé par le quotidien, Göran Hermerén, président de ce groupe et professeur d'éthique médicale à l'université de Lund, en Suède, assure que le groupe de travail a "pris en considération les aspects moraux, éthiques et sociaux de la question".

Le 11 janvier, l'Autorité européenne de sécurité des aliments avait elle aussi annoncé que le lait et la viande de porcs et de vaches clonés, les deux seuls animaux sur lesquels le clonage a été effectué à une grande échelle, étaient propres à la consommation. Mais, précise le FT, "les compétences de l'AESA sont purement scientifiques. C'est à la Commission européenne, aux responsables de l'Union européenne et aux 27 gouvernements de l'UE de décider s'il convient de suivre son avis et quelles restrictions imposer. La Commission européenne a souligné récemment que l'avis de l'AESA, qui allait être débattu jusqu'au verdict définitif, prévu en mai, n'était que le début d'une longue procédure."

Le Financial Times remarque par ailleurs qu'après l'avis favorable de la FDA, "l'Union européenne, qui enfreint déjà les règles commerciales sur les OGM, aura du mal à faire accepter la consommation de viande d'animaux clonés". De plus, "les entreprises biotechnologiques se plaignent que les politiques européens prennent leurs décisions en fonction de l'opinion publique plutôt que sur des critères scientifiques 'L'Europe est la seule région du monde où les politiques puissent prendre de telles décisions', observe Johan Vanhemelrijck, secrétaire général d'EuropaBio, le lobby des bio-industries."

Les enquêtes d'opinion montrent que sept Européens sur dix se refusent à consommer des OGM, rappelle le FT. Et "si le clonage devait être accepté, il serait de toute façon limité, car peu de sociétés effectuent des recherches dans ce domaine. La reproduction tendant à être effectuée à l'échelon national par des coopératives et des associations, les pressions concurrentielles sont faibles, contrairement aux Etats-Unis. Cependant, les éleveurs craignent que si les Etats-Unis poursuivent sur leur lancée, il ne devienne difficile de se procurer du sperme et des animaux de reproduction non issus du clonage."


16/01/2008
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