Léo : Une histoire de "Wack" met la ville en colère

Le 27 juin dernier, 08 personnes ont trouvé la mort dans un accident de la route sur l'axe Léo -Tô, deux mois seulement après un autre dans la ville de Léo. L'émotion a fait rapidement la place à la colère. La population voit dans ces accidents mortels, un rituel sacrificiel sanguin pour la richesse. Après avoir saccagé et incendié les biens de Rasmané Zongo, propriétaire des deux véhicules, les manifestants ont exigé le départ du commandant de la brigade de gendarmerie et de son adjoint. Ils sont accusés de complicité avec le propriétaire du camion. Des affrontements entre jeunes et éléments de la gendarmerie ont fait des blessés des deux côtés.

Le lundi 09 mai, le chauffeur d'un camion de dix tonnes perd le contrôle de sa direction en plein cœur de la ville. Il percute et tue deux personnes dont une jeune femme qui attendait des jumeaux. Le lundi 27 juin, un autre véhicule de transport appartenant au même propriétaire fait un accident. Bilan 8 morts et de nombreux blessés dont 26 dans un état grave. Pour les manifestants, cette coïncidence n'est pas fortuite. "Le premier accident c'était un lundi à 9h, le deuxième encore un lundi à 09h", fulmine un jeune homme en colère. Un sentiment partagé par une grande partie de la population. Ils sont convaincus que ces accidents mortels entrent dans un rituel destiné à enrichir Rasmané Zongo. Ce sont des accidents provoqués. La réaction de la population a été immédiate. Il fallait mettre fin à cette série de rituels macabres. Les biens de Rasmané Zongo dans la Sissili ont été ainsi saccagés. C'est d'abord son commerce et ses habitations dans la ville de Léo qui ont été détruits. Les mécontents vont entreprendre de le poursuivre dans deux villes de la province où l'homme réside et possède des biens. Ses frères et parents, les membres de sa famille ont vu leurs biens également saccagés et brûlés. L'un de ses frères, Pierre Zongo, commerçant à Léo depuis plus de 20 ans s'est réfugié à Koudougou. Dans sa cour, toutes les maisons ainsi que ses biens ont été incendiés. Même les arbres n'ont pas été épargnés. Sa famille a tout perdu. Après avoir déserté sous la panique, elle est revenue dans un domicile complètement incendié. Dans les villes de Tabou et Tô, Rasmané Zongo affirme qu'il a perdu toutes ses maisons et l'ensemble de ses biens. La population s'en est prise à ses animaux. Ils auraient été abattus ou égorgés. "Après leur passage, je n'ai vu aucun animal, pourtant j'en avais beaucoup", affirme Rasmané Zongo. Il a assisté impuissant à la destruction de tous ses biens dans la ville de Tabou. "Ca fait mal, qui va payer ses camions pour faire des accidents ?", lâche t-il, après un long soupir. Il ne comprend pas ce qui lui est tombé sur la tête depuis le premier accident mortel. Mais au niveau de la population, on le tient pour responsable des deux accidents. Des faits les confortent davantage dans leur position. Ce sont les roues du premier camion en fourrière à la gendarmerie qu'il est allé prendre pour chausser le deuxième camion. La restitution de ces roues continue de susciter la polémique. La population ne pardonne pas à la gendarmerie de Léo d'avoir autorisé le commerçant à les enlever. Comment peut-on restituer des roues d'un camion impliqué dans un accident aussi grave et qui est censé être gardé sous scellé ? La gendarmerie n'est pas un garage. Des questions et des commentaires entendus dans la ville de Léo. Pour la population, la gendarmerie aurait passé un deal de plus d'un million de FCFA avec le propriétaire du camion. Sûrs de leur fait, les jeunes ont réagi en exigeant le départ immédiat du commandant de brigade ainsi que de son adjoint. Il a fallu un renfort venu de Ouagadougou pour les dissuader de s'en prendre aux gendarmes. Cet affrontement a fait des blessés légers du côté des jeunes comme de la gendarmerie. Les interpellations se sont poursuivies pour situer les responsabilités, mais tous les jeunes arrêtés au cours des manifestations ont été relâchés en fin de journée. Le calme est définitivement revenu dans la ville et le renfort venu du camp de gendarmerie de Paspanga a ainsi pu replier. Cependant, la peur règne du côté de la famille Zongo, et d'un ancien militaire résidant à Léo. Après avoir détruit ses biens, il a été déclaré persona non grata dans la ville de Léo. Il aurait prêté ses services à la gendarmerie afin d'arrêter les jeunes. Il vit actuellement dans le camp militaire de Léo. Le commandant de la brigade de gendarmerie se sent diminué par cette accusation. Il le ressent comme une atteinte grave à sa moralité. Il n'a pas souhaité s'exprimer sur cette affaire. Il a laissé la tâche à ses supérieurs qui sont venus le soutenir. La gendarmerie pense à une intoxication et à de la manipulation des jeunes et de toutes les personnes touchées par cet accident. Des personnes qui sont inquiétées pour leurs activités répréhensibles par la gendarmerie ont trouvé là une occasion pour en découdre avec elle. Ces personnes tapies dans l'ombre, identifiées par la gendarmerie seraient les instigateurs des manifestations. Des autorités locales, ainsi que des personnalités politiques de la province seraient intervenues sans comprendre la nature du problème. On pense que certains ont apporté leur caution aux manifestants.
Ces personnalités tiennent également pour responsable le commandant de la brigade. Ce dernier qui ne supporte pas cette accusation la considère comme une atteinte à sa dignité. Il affirme ne plus avoir le cœur pour servir à Léo. Rasmané Zongo juge de son côté cette accusation absurde. Pour des pneus qui coûtent 160000f cfa, il n'a pas besoin de débourser plus d'un million pour de vieux pneus. Il affirme qu'il n'a jamais déboursé un kopeck pour récupérer ses roues.

La loi permet la restitution du véhicule

Selon le procureur du tribunal de Léo, Amadou Kantagba, la loi permet au propriétaire de tout engin impliqué dans un accident de récupérer son véhicule lorsque ses documents administratifs sont complets. "Imaginez si on devrait immobiliser tous les véhicules impliqués dans les accidents à Ouaga, on n'aurait pas de place", a indiqué le procureur. Cependant, l'enquête judiciaire se poursuit, l'assurance prend en charge la partie dédommagement. Dans le cas d'espèce, Rasmané Zongo possédait tous les documents, dont l'assurance qui est l'élément important. "C'est pourquoi j'ai autorisé la restitution de son véhicule", ajoute le procureur. L'immobilisation du véhicule aurait dépassé le délai requis.
Le procureur indique que c'est par souci d'apaisement que le camion a été longtemps immobilisé au sein de la gendarmerie.
"Le camion a été immobilisé pendant 59 jours, pourtant la loi me permet d'enlever mon véhicule", déclare Rasmané Zongo. Le contexte n'était pas propice à l'enlèvement du camion, néanmoins on pouvait lui permettre de partir avec les roues en attendant que la fièvre retombe. Le sort a décidé autrement, puisque ces roues seront impliquées dans un autre accident plus grave. Ce qui pouvait être classé dans les annales des accidents ordinaires est vu par le propriétaire comme un mauvais sort tandis que les populations y voient un rituel. Les responsables de la province parlent plutôt d'irresponsabilité des transporteurs. Les surcharges dans les transports mixtes sont à l'origine de tous les accidents. Malgré les interpellations et le dispositif de contrôle, les passagers et les transporteurs réussissent à tromper la vigilance de la police et de la gendarmerie. Le procureur affirme qu'au regard de l'ampleur du phénomène, il a instruit la police et la gendarmerie de traquer tous les véhicules en surcharge.
Le camion de dix tonnes qui a fait l'accident transportait à son bord des marchandises, des objets divers et plus de cent passagers perchés sur le toit du véhicule. C'est donc sous le poids qu'une des roues du camion a cédé. Malgré la panne, le chauffeur avait continué la route dans le but d'atteindre le prochain arrêt. Il n'atteindra pas cet arrêt, le camion s'est renversé avant, faisant de nombreuses victimes.
Selon le procureur, la plupart des victimes ont été tuées ou blessées par les marchandises.

"J'ai réussi par mon travail"

Une cour d'habitation saccagée et incendiée à Léo. Les biens mobiliers, les effets d'habillement, du matériel de tout genre partis en fumée. La boutique contenant de la semence améliorée a été vidée et brûlée. L'argent retrouvé dans le magasin a été publiquement jeté dans les flammes. "Personne n'a emporté ses biens ni son argent, on n'en veut pas", affirme un manifestant. Trois camions appartenant à Rasmané Zongo ont été incendiés dans la ville de Léo ainsi que sur le lieu de l'accident. Celui-ci affirme qu'il ne lui reste qu'un camion stationné à Ouagadougou. Dans la ville de Tabou, à une trentaine de km de Léo où réside Rasmané Zongo, une vingtaine d'habitations ont été saccagées. Les manifestants ont mis le feu à ses moulins, ses tracteurs et ses motos. Les vivres et la semence améliorée sont passés également dans les flammes. L'objectif des manifestants était de détruire tout ce qui appartenait à Rasmané Zongo. En dépit des précautions prises pour échapper à la colère des populations venues de Léo, il a tout perdu. "Ils ont dit qu'ils arrivent, au moment où on s'occupait de l'accident. J'ai déplacé mes biens chez un voisin, mais cela n'a pas suffit." Il estime ses pertes à des centaines de millions. Rasmané Zongo pense qu'il a été victime d'un complot bien préparé. Ces personnes sont issues du milieu des commerçants ainsi que des producteurs de semences. Ils ont profité de l'accident et de l'émotion pour manipuler la population en diffusant de fausses informations. Rasmané Zongo est le président régional des producteurs semenciers. Pour cette campagne, le gouvernement n'a pas pu acheter toute la semence produite. Dans la région du Centre-Ouest, sur plus de 1000 tonnes, ce sont moins de 500 tonnes qui ont été rachetées par l'Etat pour distribuer aux ménages. De nombreux producteurs se retrouvent ainsi avec leurs semences entre les mains. Celui-ci affirme que certains producteurs le tiennent pour responsable de cette situation. Rasmané Zongo déclare qu'il est un commerçant et producteur honnête. Il doit sa réussite au travail. Il est arrivé dans la Sissili, il y a de cela plus de trente ans. Son commerce qu'il a confié à ses frères pour se consacrer à l'agriculture remonte en 1968. Celui-ci précise qu'il ne fait pas de transport. Ce camion qui a fait 08 morts est utilisé dans le transport et la distribution de la semence améliorée. Le camion qui partait pour distribuer de la semence aurait été sollicité par son oncle transporteur. Ce dernier avait son véhicule de transport au garage. L'accusation de rituel sanguin met Rasmané Zongo en colère. Il la trouve absurde, grotesque et insultant. "Qui va payer des camions pour faire des accidents ?", s'est-il exclamé. ARN



23/07/2011
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