Il faut maintenant gérer les revendications

Militaires, police nationale, police municipale, gendarmerie, douanes, forestiers, travailleurs du public et du privé, commerçants, tous ces secteurs d'activité ont leurs revendications sur la table du gouvernement. Comment faire face à cette avalanche de doléances dont le maître mot en termes de solution est l'argent. Blaise et son gouvernement ont promis, mais ont-ils seulement les moyens de tenir parole ?

Les travailleurs ont offert au gouvernement un magnifique cadeau à l'occasion du 1er mai. Alors qu'ils avaient les moyens de faire une démonstration de force dans la rue (ils avaient toutes les chances de faire descendre du monde, vu que la période est propice aux revendications sociales), ils ont préféré un meeting à la Bourse du travail. Ils n'ont pas voulu en rajouter à la tension. On ne tire pas sur une ambulance, dit-on. Mais en revanche, quelle réponse propose le gouvernement au cahier de doléances des travailleurs?? Il faut seulement rappeler que la revendication portant sur l'augmentation des salaires est passée à 35%, sans compter les autres revendications sur l'amélioration des conditions de vie?? Le gouvernement de Luc Adolphe Tiao dont les premières mesures sociales semblent s'être inspirées des différents cahiers de doléances des travailleurs a attaqué là où c'est relativement facile?: la réduction de l'IUTS, la révision des prix des denrées de base (une commission planchera sur la question en vue de faire des propositions), la réactivation des dossiers sociaux dans lesquels l'exécution des décisions de justice est l'objet de blocage ou à la traîne. Insuffisant certes, mais tout dépendra de ce qui sera fait concrètement et avec quelle diligence, car quoiqu'on dise, l'important pour les travailleurs, c'est qu'on les prenne au sérieux. Le gouvernement sera jugé non seulement à l'aune de ce qu'il concèdera, mais surtout à l'effort et au sérieux qu'il mettra lui-même pour améliorer la gouvernance. Et sur ce plan, Luc Adolphe Tiao a annoncé des changements dans l'administration publique pour plus d'efficacité. On attend de voir si ce qui s'annonce en termes de changement dans les gouvernorats et les hauts commissariats est autre chose qu'un simple changement d'hommes. L'impression que ces postes ne sont que des sinécures réservées à des amis politiques est très forte au sein de l'opinion publique qui ne voit pas dans ces nominations, la volonté de construire une administration républicaine. Si on peut aller fouiller dans la gestion des maires de nos communes, il faut aussi de la transparence dans la gestion des gouvernorats et des Hauts commissariats. Ceux qui effectuent des passages à ces postes deviennent du jour au lendemain de grands éleveurs avec de confortables parcs animaliers. Les paysans sont littéralement écrasés par les multiples cotisations qui servent à offrir des "cadeaux" à ces nouveaux commandants de cercle qui prennent goût à ces rackets.

Des malentendus fâcheux

La crise des policiers a mis en avant la communication dans les services. Les fonctionnaires de police ont pris les armes pour exiger qu'il leur soit payé la part qui leur est due dans les ristournes portant sur les verbalisations. Les verbalisations, ce sont les amendes qui frappent les auteurs de contraventions ou de délits. Un compte aurait été ouvert au trésor public dénommé compte 49, lequel serait alimenté par ces ristournes. Selon les policiers, le compte 49 serait crédité de 76 milliards de nos francs. On comprend donc pourquoi ces derniers ont voulu se faire entendre bruyamment?! Avec 76 milliards, chaque policier a en effet de quoi mettre du beurre dans son haricot. Mais la réalité, laisse-t-on savoir du côté du ministère de l'Economie et des Finances, c'est qu'un tel compte n'existe pas. Par contre, il est question d'un fonds d'équipement de la police nationale dont le solde serait de 13 millions?! Ainsi donc, le petit écolier surpris par une balle perdue pendant qu'il travaillait a perdu la vie à cause d'un malentendu. Il est vrai que ce n'est pas la seule revendication des policiers, il y avait entre autre cette autre revendication phare portant sur l'application de leur statut particulier adopté depuis le 14 décembre 2010 et qui n'est pas encore entré en vigueur, mais on peut douter que cela puisse entraîner l'usage des armes. Ceci étant, il est de notoriété publique que notre police est très mal lotie sans pour autant disposer de moyens de pression conséquents?! Dans la pratique, le droit de grève n'existe pas dans ce corps, ce qui n'est pas sans conséquence pour les conditions de travail et de vie des agents. Les rencontres entre les policiers et leur ministre de tutelle auraient abouti à l'adoption d'un protocole d'accord qui a été transmis au premier ministre pour validation. Reste la grille indemnitaire qui n'a pas encore été adoptée, mais elle le sera bientôt, affirme-t-on de source proche du MATD.

Trois experts commis dans les affaires judiciaires

Justin Zongo est celui par qui la crise s'est installée au Faso. Il y a bien le principe de l'indépendance du juge d'instruction mais nul ne doute que la pression sur les magistrats est trop forte dans ce dossier brûlant. Pour aller vite, quatre juges d'instruction ont été commis pour instruire les quatre affaires de Kindi, Poa et les deux cas de Koudougou. Selon nos sources, trois experts dont un Français et deux Burkinabè ont été commis pour ces affaires. Parmi les victimes, deux sont décédées par balle et celle de Kindi aurait été enterrée avec les balles. Des experts ont été commis dans l'affaire du mécanicien de Koudougou et la victime de Kindi. Des examens balistiques seront nécessaires pour situer les responsabilités notamment dans ces deux cas. En ce qui concerne le cas Justin Zongo, une source proche de la famille indique que celle-ci aurait refusé l'exhumation du corps, ce qui pourrait avoir comme conséquence l'accélération de l'instruction. Les avis les plus optimistes pointent le mois de juin pour le jugement de l'affaire Zongo. Les incidents de Koudougou auraient fait au total 177 blessés qui sont autant de témoins à entendre.
Ce qui laisse penser que les autres dossiers prendront plus de temps.

Germain B. Nama



17/05/2011
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