Bongnessan Yé : Le visage des reformes

L'homme de la constitutionnelle de 1991 revient pour des reformes politiques qui ne sont pas encore clairement déterminées. En 1989, après le congrès du Front populaire, il était en retard d'une évolution, puisqu'il était de ceux qui voulaient constitutionnaliser le Front populaire. Cela lui avait valu, un moment de passage à vide, avant de rattraper le train. Pour cette fois, saura-t-il être pro-actif ?

 

Bongnessan est l'homme des reformes politiques de Blaise Compaoré. En novembre 1989, quand le président a voulu des reformes "pour apaiser ses angoisses et ses émotions", quelques mois après le "complot raté" des Lingani, c'était à Bongnessan qu'il s'en était ouvert le premier. Dans son ouvrage "Burkina Faso : les fondements politiques de la Ive République",

Bongnessan explique l'aparté qui a conduit à l'élaboration de la constitution de juin 1991 : "Novembre 1989. Cela fait déjà deux ans que le Front populaire dirige le Burkina Faso. Dans le véhicule qui nous emmène, à travers le pays, dans un chef-lieu de province, je suis en compagnie du président du Front populaire…, Blaise Compaoré. Avec le chef de l'Etat, je discute de beaucoup de choses (perspectives de développement du pays, récent coup d'Etat manqué en septembre 1989( celui de Lingani ndlr), forces politiques en présence dans le pays…) Puis c'est le silence dans le véhicule. Un silence profond.


Quand le président du Front populaire sort de ses méditations, c'est pour parler de la nécessité qu'il y a pour notre pays d'avoir une constitution qui prenne en compte les réalités de notre pays. (…) Cette fois, c'est très sérieux. Le président insiste : il nous faut une constitution. Une constitution qui règle les mécanismes d'accession au pouvoir et d'exercice du pouvoir…Visiblement, le chef de l'Etat est passionné du sujet qu'il aborde. Je l'écoute attentivement… "1. Conclusion de Bongnessan Yé après ces confidences de Blaise Compaoré : " le président avait raison, car il était temps qu'après toutes les péripéties de l'histoire de notre pays, nous cherchions les voies et moyens pour apaiser nos angoisses et nos émotions collectives, pour baliser la longue route de l'histoire tumultueuse du Burkina Faso ". Il en découle des conclusions de cette conversation " historique " que si Bongnessan Yé a écouté attentivement Blaise Compaoré, il ne l'a pas compris sur le coup. Quand Blaise Compaoré, très soucieux ( long silence) parlait de constitution qui prenne en compte "les réalités de notre pays", Bongnessan avait lui entendu une constitution qui permette de faire face "aux dangers qui risquaient d'hypothéquer à terme l'avenir de ce processus (la révolution version Front populaire. Ndlr)". Pour Bongnessan et certains "illuminés" du Front, il s'agissait de constitutionnaliser le Front populaire. Ils n'avaient pas compris qu'il y avait longtemps que Blaise Compaoré avait "quitté dans ça" pour reprendre l'expression du partisan de Gbagbo à la Commission électorale indépendante (CEI) ivoirienne.

Cette fois saura-t-il anticiper les pensées profondes de Blaise Compaoré ?
On peut s'imaginer que, comme en 1989, Blaise Compaoré et Bongnessan Yé, dont il n'est plus sûr qu'ils continuent de se voir comme à la belle époque, ont dû parler longuement des nouvelles reformes politiques à conduire. Le président a dû encore lui avouer qu'il faut faire des reformes politiques pour tenir compte " des réalités de notre pays ". Cette phrase qui ne veut rien dire en soi semble avoir été interprétée pour l'instant par les dirigeants du CDP, comme la modification de l'article 37, pour sauter le verrou de la limitation des mandats présidentiels. Bongnessan Yé est de cet avis, si l'on croit les opinions qu'il a exprimées en 2010, pendant les conférences publiques de la FEDAP/BC. C'est pourquoi la presse l'a surnommé dès sa nomination, " le ministre de l'article 37 ". Va-t-il faire mentir ces mauvaises langues de la presse ? On attend de le voir à l'œuvre. Parce que sur ces reformes annoncées par le président depuis deux ans, on dit tout et son contraire. En attendant d'en savoir plus sur leur contenu, on sait maintenant au moins celui qui va les incarner. "Les reformes Bongnessan Yé" resteront-elles dans l'histoire ?


Ce que l'on sait pour l'instant, c'est que le CDP, le parti présidentiel, y travaille dur. L'opposition est encore dans l'expectative. Ce qui transparaît, c'est qu'on semble se diriger effectivement vers une modification de l'article 37, probablement par référendum. Certains au CDP ne cachent plus leur agacement devant cet aveuglement, surtout à la lumière des récents événements de Tunisie. Ben Ali et Blaise Compaoré ont beaucoup de ressemblances. Ils sont parvenus au pouvoir la même année, 1987. Presque de la même façon, au détriment de celui qui leur avait mis le pied à l'étrier. Ils ont gouverné presque de la même façon, avec un progrès économique factice qui a parfois fait illusion et avec une forte implication de leur belle famille dans la gestion des affaires de l'Etat. En Tunisie, les parents de la première dame, les Trabelsi, ont mis le pays en coupe réglée économiquement. Au Burkina Faso, la belle-mère "Gando" est aujourd'hui dans tous les secteurs économiques, jusqu'aux moustiquaires (elle gouverne nos sommeils). Il faut souhaiter que la comparaison s'arrête là… Bongnessan qui continue à discuter avec Blaise Compaoré peut aider à inverser le cours de l'histoire.

1 Dr Bongnessan Arsène Yé, Burkina Faso : les fondements politiques de la IVe République, PUO 1995, p 15.

 

 

Newton Ahmed Barry



04/02/2011
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